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Index de l'article
Bruges (Brugge), Musée Groeninge, église Notre-Dame, Musée Memling, Trésor de Saint-Sauveur
2 - Le Musée Groeninge de Bruges
3 - L'église Notre-Dame de Bruges et la Madone de Michel-Ange
4 - L'Hôpital Saint-Jean ou Musée Memling à Bruges
5 - Le Musée de la Cathédrale Saint-Sauveur
Toutes les pages

2 - Le Musée Groeninge (Groeningemuseum) à Bruges
le 9 mai 2006 avec Convivialité en Flandre


Les commentaires sont de Monique Vyers, Colette Vanbaelberghe ou Sabine Wetterwald.


Le musée date du début du XXe siècle et présente un panorama de six siècles de peinture. Nous nous sommes contentés des XVe et XVIe siècles sur les pas des Primitifs flamands, ce qui était déjà bien consistant.

Nous avons admiré des peintures de Jan Van Eyck, Hugo Van der Goes, Hans Memling ou Gérard David, mais aussi Ambrosius Benson, Jan Provoost, Lanceloot Blondeel ou Pierre Pourbus.

La Vierge au chanoine Van Der Paele

La Vierge au chanoine Van Der Paele, Jan Van Eyck, 1436, Musée Groeninge, Bruges

" Magister Joris Van Der Paele, chanoine de cette église fit exécuter cette œuvre par Johannes Van Eyck en 1434 ; l'œuvre fut achevée en 1436 ". Telle est l'information fournie par l'inscription latine figurant au bas du cadre.

Le donateur du tableau est vêtu d'un surplis blanc, le livre de prière à la main. Marie trône avec l'Enfant qui tient dans les mains une perruche des Indes.

Deux saints sont présents. L'évêque Donatien, patron de l'église à laquelle le panneau était destiné est coiffé de la mitre d'évêque. Il porte ses atributs : croix de procession et roue plantée de cinq cierges.

Saint Georges est le patron du chanoine Joris Van Der Paele (en flamand, Joris = Georges) et le présente à Marie et Jésus. Donatien porte une chape bleue, Marie un manteau rouge, le chanoine une aube blanche, et saint Georges une armure dorée, aux couleurs héraldiques de Bruges.

L'évêque Donatien
La Vierge au chanoine Van Der Paele,
détail de l'évêque Donatien

Saint Georges et le chanoine Joris Van Der Paele
La Vierge au chanoine Van Der Paele,
détail de saint Georges

Van Eyck excelle dans le rendu des textures des habits et matériaux. L'armure étincelle et reflète ce qui se trouve hors du tableau : on distingue une fenêtre et les silhouettes de quelques spectateurs. Dans le bouclier que saint Georges porte sur le dos, apparaît clairement le reflet d'un groupe de personnes, avec au premier plan sans doute Van Eyck. Sorte de mise en abyme, le peintre est contenu dans son oeuvre, comme il l'a fait pour l'image dans le miroir convexe des Époux Arnolfini.

La lumière éclatante de Marie emplit l'espace et éclaire les personnages qui occupent le décor architectural.

Saint Luc dessinant la Vierge
Copie d'après Rogier van der Weyden, Saint Luc dessinant la Vierge, vers 1500

Luc, vêtu du manteau rouge des médecins, un des quatre évangélistes, aurait obtenu de Marie l'autorisation de faire son portrait. Le travail terminé, elle l'aurait béni en disant : "Ma grâce sera toujours avec cette image."

Le panneau du musée Groeninge est une copie de l'oeuvre de Rogier van der Weyden conservée au Museum of Fine Arts de Boston. La scène se déroule dans un intérieur bourgeois. Les attributs de Luc, le taureau et l'évangéliaire, sont relégués à l'arrière-plan dans le cabinet de travail entrevu à droite. Marie, rayonnante de bonheur maternel, nourrit son enfant dans une pièce qui donne sur un jardin au delà duquel apparaissent des remparts, une ville et un paysage fluvial. Joachim et Anne regardent le fleuve.

Le Triptyque Moreel ci-dessous est peint par Memling pour Willem (Guillaume) Moreel, important homme politique et riche banquier de la branche brugeoise de la Banque de Rome, et pour son épouse Barbara van Vlaenderberch.

Memling,  'Triptyque Moreel'
Hans Memling, Triptyque Moreel, 1484, Musée Groeninge, Bruges

Sur le panneau central du Triptyque Moreel se tient le géant Christophe qui traversa une rivière en portant l'Enfant Jésus sur les épaules.
Les deux autres saints n'interviennent pas dans la légende de saint Christophe : à sa gauche le moine Maur avec crosse et livre ouvert, et à sa droite l'ermite bénédictin Gilles au bras transpercé d'une flèche, une biche à ses côtés.

Nous avons déjà rencontré les époux Moreel au Musée d'art ancien de Bruxelles. Ils sont portraiturés par Memling vers 1482.

Ces deux petits panneaux étaient probablement les volets extérieurs d'un triptyque pliable destiné à la dévotion privée que le couple pouvait emporter en voyage. Au centre figurait sans doute une Vierge à l'Enfant.

Comme dans le triptyque de saint Christophe du Musée Groeninge, le paysage se poursuit sur l'ensemble des panneaux et contribue par sa lumière douce à unifier la composition globale.


Guillaume et Barbara Moreel, Hans Memling, 1482

Hans Memling, Portraits des époux Moreel, vers 1482, huile sur peuplier, chacun 39 x 29,7 cm, Musées royaux des Beaux-Arts, Bruxelles


Guillaume Moreel, volet gauche du triptyque Moreel, Hans Memling
Guillaume Moreel et ses fils, Triptyque Moreel

Barbara Moreel, volet droit du triptyque Moreel, Hans Memling
Barbara van Vlaenderberch et ses filles, Triptyque Moreel

Au volet gauche du triptyque, à la place d'honneur à dextre des saintes figures du panneau central, est représenté l'époux Guillaume Moreel. Il est entouré de ses cinq fils, porte une robe doublée de fourrure sans ceinture ni bouton sur son pourpoint noir, très à la mode dans les années 1480. Son protecteur saint Guillaume le présente à Marie en posant sa main gantée sur son épaule.


Au volet droit, Barbara van Vlaenderberch (ou van Hertsvelde) est vêtue d'une robe de soie damassée à col blanc et une large ceinture rouge à boucle dorée. Sa patronne sainte Barbe est représentée avec sa tour. Parmi les onze filles de Barbara peintes par Memling, plusieurs ont une frontelle, boucle noire sur le front à laquelle est attaché un bandeau ou un capuchon.


Des portraits de saints en grisaille ornent les volets extérieurs du triptyque. À gauche, saint Jean-Baptiste portant la croix du précurseur est représenté avec un agneau à son côté. À droite, saint Georges en armure tue le dragon avec sa lance pour sauver la princesse de Trébizonde.

Memling sait créer l'impression d'un volume par une étude soignée des ombres portées dans la tradition de Robert Campin.

Le peintre prend en compte l'angle que fera la lumière depuis la fenêtre située en haut à droite de l'endroit où sera réellement exposé le triptyque dans la chapelle de l'église Saint-Jacques de Bruges pour accroître l'effet illusionniste du volume. Le rendu de la troisième dimension est tel que l'on a l'impression de rondes-bosses de pierre sculptées dans des niches.

On ne sait pas bien pourquoi ces deux saints sont représentés au dos du triptyque. Peut-être parce qu'ils sont les protecteurs de deux des cinq fils de Guillaume Moreel : Jan (= Jean) et Jaris (= Georges) ? On sait que deux des enfants sont morts en bas âge et que l'aîné s'appelle Willem (= Guillaume) comme son père. Il est donc déjà protégé par le protecteur de son père - saint Guillaume - figuré sur le volet intérieur gauche du triptyque.


Saint Jean-Baptiste et saint Georges, revers du triptyque Moreel, Hans Memling

Saint Jean-Baptiste et Saint Georges, grisailles aux revers des volets du Triptyque Moreel, 1484, Musée Groeninge, Bruges


Gérard David, 'Le Baptême du Christ'

Gérard David (1460-1523), Triptyque de Jean des Trompes, Le Baptême du Christ

Le baptême du Christ par le prophète Jean a lieu dans l'eau du Jourdain. Jésus est surmonté par le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe et plus haut encore par Dieu le Père. L'ange qui tient la robe de Jésus est un ajout aux textes évangéliques.

A l'arrière-plan gauche la prédication de Jean-Baptiste, à droite, le moment où il présente Jésus à l'assistance en disant " Voici l'Agneau de Dieu ".

Gérard David présente les figures immobiles, séparées les unes des autres, impassibles dans un paysage silencieux. Cependant le style personnel du peintre se reconnaît dans la profondeur des coloris ou par le paysage détaillé avec raffinement.

Jean des Trompes avec son fils et son saint patron et Elisabeth van der Meersch avec ses filles et sa sainte patronne.
Gérard David, Triptyque de Jean des Trompes,
détails des donateurs

La Vierge à l'enfant et Madeleine Cordier avec sa fille et sa sainte patronne
Gérard David, Triptyque de Jean des Trompes,
volets extérieurs

Le commanditaire Jean des Trompes et sa première épouse sont représentés sur la face intérieure des volets avec saint Jean tenant un calice et sainte Élisabeth, fille du roi de Hongrie, en tertiaire franciscaine, tenant une couronne.

Au revers des volets, figurent une Vierge à l'Enfant en face de sa seconde épouse avec sainte Marie-Madeleine tenant le vase de parfum.

l'arrestation de Sisamnès en présence de Cambys l'écorchement de Sisamnès
Gérard David, Le Jugement de Cambyse, 1498

"Ayant rendu pour de l’argent une sentence injuste, Sisamnès avait été, sur ordre de Cambyse, égorgé, écorché de la tête aux pieds. Dans la peau arrachée de son corps, Cambyse avait fait tailler des bandes de cuir qu’on avait tendues sur le siège où Sisamnès s’asseyait pour rendre la justice.

Le siège une fois recouvert de ces bandes, il avait désigné pour être juge à la place de Sisamnès, qu’il avait fait mettre à mort et écorcher, le fils de Sisamnès, en lui commandant de se rappeler sur quel siège il était assis quand il rendait la justice. " (Hérodote V 25, Pierre Truche, Juger, être jugé, Fayard p 49)

Sur le volet gauche, Cambyse compte sur ses doigts les chefs d'accusation et accepte à l'arrière plan une bourse d'argent sur le perron de sa maison.

Sur le volet droit, Otanès, le fils de Simmanès, siége en haut à droite, en temps que juge sur la peau de son père.

L'expression des participants est empreinte d'une gravité sereine, y compris le visage et l'attitude du supplicié lui-même !

Chacun est à son poste et fait son travail, sans emphase et avec conscience. Certes, les traits de Cambyse expriment la douleur, mais il ne manifeste dans son corps ou son visage, ni révolte, ni même inquiétude.

  • Hérodote et le Jugement de Cambyse sur le Journal de Jean-Claude Bourdais.

  • 'La Crucifixion', Jan Provoost
    La Crucifixion, Jan Provoost (1465-1529)

    Le Coup de lance est l'évènement central de cette Crucifixion de Jan Provoost. Un centurion romain aveugle, Longinus, transperce de sa lance le flanc du Christ crucifié. Une goutte touche son œil et il retrouve la vue.

    Le moment est dramatique et rendu avec beaucoup de réalisme. Marie-Madeleine enlaçant la croix ; le groupe affligé à gauche ; les soldats jouant aux dés et se querellant à droite, montrent la composition exceptionnelle du tableau.

    Le long cortège des soldats qui retournent vers Jérusalem forme un tout avec la scène du premier plan. Le mouvement oscillant débute à gauche à hauteur de Jean et Marie. On assiste en quelque sorte à un chemin de croix en sens inverse.


    Le jugement dernier attribué à Jérôme Bosch
    Attribué à Jérôme Bosch (1450-1516), Le Jugement dernier

    Le panneau central de ce triptyque attribué à Jérôme Bosch représente le jugement dernier, le Christ apparaissant au firmament afin de juger les humains : il envoie les bienheureux au Paradis, les damnés en Enfer.

    On reconnaît le style de Jérôme Bosch dans les petits personnages, les éléments bizarres et monstrueux.

    La progression du mal et de la bêtise est un thème récurrent à la fin du Moyen Âge. Les monstres et démons menacent la lumière et la beauté. Hieronymus Bosch développe un langage visuel plein de trouvailles fascinantes avec un ton philosophique et moralisateur.

    Hugo Van der Goes est probablement le plus grand peintre de la deuxième génération des Primitifs flamands. Reconnu de son vivant, il obtient des commandes de hauts fonctionnaires ducaux, de clercs ou de bourgeois.

    La Mort de la Vierge est l'un des seuls panneaux conservés en Belgique, les autres étant dispersés en Europe et aux États-Unis, car la plupart des peintures de van der Goes ont malheureusement disparu avec la destruction iconoclaste du sanglant été noir en 1566.

    La Mort de la Vierge
    Hugo van der Goes, La Mort de la Vierge, vers 1480, huile sur bois, 147,8 x 122,5 cm, Groeningemuseum, Bruges

    Ce panneau est l'un des derniers réalisés par l'artiste tandis qu'il est entré au Couvent de Rouge-Cloître près de Bruxelles. Avec la belle copie par un anonyme du XVIe conservée au Musée de la Cathédrale Saint-Sauveur de Bruges, il faisait partie du patrimoine de l'Abbaye des Dunes de Bruges, où avaient migré les moines cisterciens depuis leur exil de l'Abbaye des Dunes de Coxyde.

    Le thème provient des Évangiles apocryphes, relayés par La Légende dorée

    de Jacques de Voragine : les apôtres se retrouvent miraculeusement au chevet de la Vierge mourante, alors qu'ils étaient dispersés pour évangéliser le monde.

    Dans une composition magistrale et originale, le peintre superpose verticalement les registres terrestre et sacré. Il organise la vision de Marie montrant le Christ entouré d'anges étendant les bras pour accueillir son âme, dans une auréole indépendante du lieu réel de la chambre.

    Les blancs, bleus ou rouges adoucis d'une palette de tons harmonieusement déclinés, le réalisme des expressions des visages, l'économie d'accessoires et de décors, contribuent à créer une atmosphère d'émotion recueillie.


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    Création de la page par Monique Vyers le 12 mai 2006
    dernière actualisation par Sabine Wetterwald le 13 mars 2016