Imprimer Envoyer

Phèdre de Racine et l'acteur Jean-Marc Avocat


On ne peut vaincre sa destinée.

Jean Racine (1639-1699), Phèdre, Acte IV, scène 6, réplique d'Œnone à Phèdre, alexandrin 1297

La peinture de Pierre-Narcisse Guérin mettant en scène Hippolyte et Phèdre, choisie pour illustrer cette page fait partie du beau dossier sur Thésée et les Amazones du site Musagora.

Pierre-Narcisse Guérin, 'Phèdre et Hippolyte'
0

Pierre-Narcisse Guérin (1774-1833), Phèdre et Hippolyte, esquisse, 46 x 33 cm,
vers 1802, Paris, Musée du Louvre, Photo Erich Lessing © louvre.edu 2005

Ce samedi 15 novembre, j'ai vu dans la petite salle du théâtre de la Croix-Rousse à Lyon une interprétation étonnante de Phèdre, la tragédie de Racine. L'acteur Jean-Marc Avocat a décidé cette saison d'interpréter en solo Phèdre, Bérénice puis Andromaque, trois grands textes de Racine, jugeant que le texte se suffisait à lui-même et qu'il pouvait à lui seul jouer tous les personnages.

Bien sûr sa performance est époustoufflante et on ne peut que saluer son travail, mais non prévenue de ce qui m'attendait, persuadée d'une mise en scène nouvelle et moderne mêlant différents personnages, il me fut bien difficile de "tenir le coup", assise sur un banc sans dossier pour les 1654 alexandrins des cinq actes pendant plus de deux heures. Dès  la fin de deuxième acte, mon attention décrochait. Par respect pour l'acteur, impossible de filer à l'anglaise : il reste sur scène entre les actes et a installé son fauteuil en regard de la sortie (oui, il a un fauteuil rembourré avec un dossier lui...), de telle sorte que personne n'ose décemment quitter la salle. Un procédé astucieux, certes, mais qui donne au spectateur la désagréable impression d'être forcé de rester.

Bonheur cependant d'entendre les vers de Racine dans une diction parfaite. Déçue par contre de voir l'acteur pleurer aux moments stratégiques : il empêche mon émotion de spectatrice.

Mais puisque l'envie de voir les mots de Phédre et de relire la tragédie, est bien là en rentrant, le show de l'acteur a atteint un point essentiel. Je ne regrette finalement pas la soirée, même si je n'irai pas voir sa prochaine prestation de Bérénice ou d'Andromaque.

  • Une page de l'encyclopédie sur la mort s'intéresse à Phèdre, illustre suicidée, et au sentiment de honte. Phèdre est aussi à l'honneur sur le site d'Études littéraires.
  • Pour mieux apprécier la construction de la tragédie, des notes de cours de Littérature Comparée sur Phédre du Lycée Carnot à Dijon en 1998-1999 dans le cadre de la préparation à l'Agrégation Interne de français.
  • Vous avez oublié la trame ?
    Nicolas Poussin, 'La Mort d'Hippolyte'
    Nicolas Poussin, La Mort d'Hippolyte, dessin avec lavis de brun
    Le char d'Hippolyte est renversé.
    Difficile de la résumer. Sachez seulement que Phèdre est tombée amoureuse d'Hippolyte, son beau-fils (le fils que son mari Thésée, fils d'Égée et roi d'Athènes, a eu avec Antiope, reine des Amazones). Hippolyte en fuite après la déclaration terrible de Phèdre, meurt dans un accident de char provoqué par Poséidon. Il sera traîné sur des kilomètres par l'attelage de chevaux affolé.
  • Une ronde-bosse en marbre haute de 49 cm, La Mort d'Hippolyte, est sculptée vers 1715 par Jean-Baptiste I Lemoyne. Elle est conservée au musée du Louvre. Joseph-Désiré Court (1797-1865) peint La Mort d'Hippolyte en 1825, une esquisse à l'huile sur toile de 35 x 46 cm conservée au Musée Fabre de Montpellier.
  • Avec le succès de la pièce Hippolyte d'Euripide, ou de celle de Sénèque, les sculpteurs s'étaient intéressés aux personnages de Phèdre et d'Hippolyte dès l'Antiquité comme le montre ce sarcophage romain en marbre (h. 1,10 m x l. 1,08 m x L. 2,20 m) créé vers 290 après J.-C. et conservé à la galerie Daru au Louvre.

La mort du personnage antique d'Hippolyte créé par Euripide et repris par Sénèque a certainement influencé les hagiographes qui rédigeaient les vies de saints de l'époque paléochrétienne. Reprenant l'étymologie grecque de son nom (hippos=cheval, luein=délier) saint Hippolyte n'est pas seulement traîné au sol par les chevaux de son char comme le fils de Thésée, mais condamné en 235 par l’empereur Dèce à être écartelé par quatre chevaux, comme Dirk Bouts le représente dans un triptyque du Trésor de la cathédrale Saint-Sauveur de Bruges commandé par Hippolyte de Berthoz, un conseiller du duc de Bourgogne Philippe le Bon vivant à Bruges.

Rédaction et mise en ligne par Sabine Wetterwald le 17 novembre 2008
Mise à jour le 11 janvier 2010

Le programme 2008-2009 de Convivialité en Flandre : Lumières et couleurs du Nord, impressions et variations

Commentaires (0)add comment

Ecrivez un commentaire
Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur

security image
Entrez les caractères affichés


busy