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19 janvier 2006

Moyen Âge et Renaissance à Saint-Omer

avec Jacques Du Brœucq


La collégiale, basilique et ancienne Cathédrale

Notre-Dame  de Saint-Omer en 27 photos

 

À l'ancienne Cathédrale Notre-Dame nous découvrons le mobilier d'époque Renaissance, en particulier les reliefs et rondes-bosses de Jacques Du Brœucq, accompagnés des deux guides Marie-Claude Vandaele et Carole Samezt.

Monique Vyers et Sabine Wetterwald ont rédigé les textes de cette page après des lectures autour du patrimoine artistique de la basilique et du Musée Sandelin.


Le chœur


La nef

La sculpture funéraire forme un ensemble remarquable, illustré par des exemples s'échelonnant du IXe au XVIe siècle. C'est le thème que nous avons choisi pour cette visite.

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Le sarcophage de saint Omer (Tombeau quelconque, ou sa représentation dans une cérémonie funèbre, sur un monument funéraire) ne contient pas le corps du saint, mort au VIIe siècle et déclaré saint au début du IXe siècle. Il est donc appelé un cénotaphe.

Le corps du saint - retrouvé ''intact''- a été morcelé pour être mis dans des reliquaires.

La représentation est idéalisée. Les yeux fermés, les mains croisées, les vêtements d'évêque, la tête posée sur un coussin, les plis des vêtements qui tombent bien droit présentent le saint en attente de la résurrection.

Au soubassement, des scènes de la vie de Saint-Omer relatent l'épisode de la source miraculeuse, la tournée pastorale à Boulogne et le miracle de l'enfant qui recouvre la vue.
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Dans la Chapelle dite de Wissoc, s'ouvrant sur le collatéral sud, nous admirons un gisant en pierre de Tournai qui s'insère dans un enfeu de style gothique.

Un enfeu - de enfouir - est une niche ou caveau funéraire à fond plat réservé dans une chapelle. Dans l'Ancien Régime, le droit d'enfeu était un droit seigneurial.

L'enfeu est décoré d'arcs en anse de panier à retraits successifs. Le fond plat de la niche funéraire est orné d'arcs en plein cintre dont certains sont garnis de trilobes. Un espace intime est ainsi créé pour disposer le gisant de pierre.


Des anges supportent les culots des retombées des arcs de l'enfeu dans lequel a pris place le gisant. L'un d'eux tient un écusson avec les armes de la famille du défunt.
D'autres culs-de-lampes avec anges sont visibles dans la cathédrale.
Vous pouvez aussi admirer ceux qui sont conservés au Musée Sandelin ; ils proviennent des vestiges de l'Abbatiale Saint-Bertin.

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Antoine de Wissoc - mort en 1450 - est couché, mains jointes, un calice sur le ventre, les yeux ouverts. Le coussin porté par deux anges symbolise l'âme qui monte au paradis.

L'orfroi de ses habits est mis en valeur par du vermillon. L'orfroi est une étoffe tissée d'or employée dans la confection de vêtements, chapes, chasubles ou ornements liturgiques.

Dans la Chapelle Saint-Claude du collatéral sud, nous détaillons une Mise au tombeau dont la peinture polychromée est récente. Elle est empreinte de tristesse et de souci de réalisme dans le but de permettre au fidèle de participer à la douleur des protagonistes. Le sarcophage du Christ est entouré de Joseph d'Arimathie qui retire le linceul, des saintes femmes tenant chacune un pot à onguent, de saint Jean à qui le Christ confie la Vierge en pleurs et de Nicodème.
Bernard Delrue ajoute que dans cette chapelle, la Mise au tombeau a subi une rotation de 180 degrés et n'était visible qu'en prenant le couloir. C'est au cours de cette rotation que la statue de saint joseph d'Arimathie a été cassée.
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Le fameux Mausolée d'Eustache de Croÿ réalisé vers 1538 par Jacques Du Brœucq - l'un des plus grands représentants des artistes de la Renaissance en Flandre - est un des fleurons de la statuaire de l'édifice.

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Eustache de Croÿ est prévost de Saint-Omer, évêque d'Arras ; il meurt en 1538.

Jacques Du Broeucq, artiste de la cour de Charles-Quint introduit la mode italienne. Le défunt est représenté deux fois : comme priant et comme gisant.

Nous avons déjà admiré les reliefs et rondes-bosses de Jacques Du Brœucq à la Collégiale Sainte-waudru de Mons et à la Chapelle des Seigneurs de Boussu.

On peut comparer le gisant d'Eustache de Croÿ de Saint-Omer avec le gisant de Jean de Hennin-Liétard sculpté par Du Brœucq après 1550, que nous avons vu le 23 septembre 2005 à la Chapelle des Seigneurs de Boussu lors d'une sortie de Convivialité en Flandre.

Jacques Du Broeucq maîtrise la sculpture du corps humain à une époque où l'étude sur les cadavres n'est pas autorisée.




 


La Vierge au chat


Le songe de Joseph

Ces deux reliefs sont disposés dans le collatéral sud. Selon la tradition, ils proviendraient de la Chartreuse de Longuenesse. Très similaires en taille, leur attribution à Jacques du Brœucq a été discutée, cependant, plusieurs détails ont permis de confirmer leurs origines.

Les Vierge à l'Enfant placées sous le signe de la tendresse se multiplient dès le XIIIe siècle. La Vierge allaitant l'Enfant est une variante du thème. Nous avons déjà rencontré plusieurs fois ce type d'image.


Un bel exemple de Vierge nourricière dans la statuaire est offert dans les années 1400 par cette Vierge conservée au Louvre. Voyez également une page de dix exemples de Vierge nourricière en peinture, de Robert Campin à Francisco Zurbaran en passant par Vinci.

Bernard Delrue signale sur le relief de La Vierge au chat qu'il ne s'agit pas d'un âne à côté du boeuf pour cette Nativité, mais d'une tête de cheval. Le visage de Marie cache une partie de la tête de l'animal, mais il est vrai qu'il ressemble davantage à un cheval qu'à un âne. La présence d'un cheval est pour le moins étonnante. Nous trouvons aussi la tête de bœuf un peu maigre et bien peu ressemblante.

En visitant la collégiale Sainte-Waudru de Mons en septembre 2005, nous avions déjà vu que les animaux de Du Broeucq étaient traités de façon fantaisiste, particulièrement dans le relief en tondo de La Création du monde.
Nous resterons prudente sur l'interprétation de la présence du chat comme symbole de malédiction. Nous avons déjà lu en 2004 dans le numéro 45 de Pays du Nord (dans lequel l'image du relief attribué à Du Breucq était inversée) que le chat était l'incarnation du mal.

Certains ont proposé de l'interpréter en indiquant que le pied de Marie domine le mal ; d'autres, que Satan n'a pas disparu et que l'homme doit veiller à ce qu'il reste endormi.

Dans la littérature médiévale, on associe en effet parfois le chat au diable cherchant à capturer l'âme humaine. Mais cela n'a pas toujours été le cas : dans l'ancien art héraldique, le chat symbolise la liberté car il se refuse à être emprisonné et enfermé.


Un sujet sur le chat dans l'art chrétien a été ouvert en octobre 2006 sur notre forum. Vous pouvez participer aux échanges en nous demandant votre enregistrement sur le forum par la rubrique "Nous contacter".

Pourrions-nous imaginer que le commanditaire de l'oeuvre a fait une demande spécifique à l'artiste pour des raisons qui nous échappent ? Ce dessin de Vinci, La vierge, l'Enfant Jésus et un chat, conservé au British Museum, antérieur au relief de Du Broeucq, ne laisse pas entendre d'influence maléfique, mais plutôt un jeu tendre et amical de l'Enfant avec un animal familier. Attendons de disposer de sources complémentaires pour proposer une hypothèse solide.

Dans une chapelle du bas-côté nord, nous admirons une Vierge à l'Enfant dans les nuées, un des trois éléments conservés du Monument funéraire de Philippe de Sainte-Aldegonde, conçu par Jacques Du Broeucq peu après 1574. Ce grand bailli de Saint-Omer avait mis l'artiste sous sa protection.

Environ 35 années se sont écoulées depuis la réalisation du Monument funéraire d'Eustache de Croÿ. Ici, le style n'est plus à l'élégance maniériste italienne, mais plutôt au mouvement et à l'agitation des draperies qui se poursuivront avec le mouvement baroque naissant.




Robert Didier, dans une monographie sur Jacques Du Broeucq, évoque une inspiration italienne de l'artiste à travers deux œuvres de Raphaël :

  • le drapé du voile de la Vierge dans La Madone de Saint-Sixte, 1513-1514, Pinacothèque de Dresde,
  • la position de l'Enfant et le traitement des nuages dans la Madone de Foligno, 1511-1512, Pinacothèque du Vatican.
  • La ceinture de la Vierge porte la signature de Du Broeucq

    Jacques Du Broeucq grave sa signature dans la ceinture de la robe de Marie comme l'avait fait Michel-Ange sur la Pietà de l'église Saint-Pierre à Rome. Les deux anges qui devaient se trouver de part et d'autre de la Vierge sont conservés au Musée Sandelin.




    Le relief de La Messe de saint Grégoire est situé dans la travée axiale du déambulatoire.

    Le pape Grégoire le Grand - mort en 604 - célèbre la messe. Un des assistants doute de la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Quand Grégoire se met à prier, l'assistance a la vision du Christ sur l'autel, entouré des instruments de la Passion, les arma Christi.

    Le donateur - le chanoine Jean de Libourg mort en 1470 - est représenté à gauche du relief avec son saint patron Jean-Baptiste.

    L'apôtre vêtu de sa peau de bête tient l'Agneau, et met la main sur l'épaule du chanoine.


    Saint Erkembode venait d'Irlande et en 723. Il devint abbé de Saint-Bertin et évêque de Thérouanne.

    Le diocèse de Thérouanne s'étendait de la Belgique actuelle (Ypres) jusqu'à la Vallée de la Somme. En 742, Erkembode mourut presque paralysé.

    Jadis les pèlerins déposaient sur sa pierre tombale leurs souliers usées par les longues marches. Aujourd'hui on prie pour les enfants afin qu’ils marchent et leurs petits souliers ont remplacé ceux d’avant.
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    La cuve du monument funéraire de saint Erkembode en grès rouge monolithe, au couvercle en dos d'âne, sans signe religieux, représente le dernier bastion de la sculpture païenne, art entièrement disparu.

    Elle est supportée par deux lions de marbre noir, symboles de courage et de force.

    Attestée dès l'Antiquité, la pratique de l'ex-voto -tableau, objet ou plaque portant souvent une formule de reconnaissance en accomplissement d'un voeu ou en remerciement d'une grâce obtenue- est demeurée vivace jusqu'au XIXe siècle, surtout dans les arts populaires.




    Ce Baptême du Christ est accroché dans le croisillon du transept nord. Avec Jean-Baptiste vêtu de sa peau de bête, sous le regard de Dieu le Père dans une nuée d'argent, de l'Esprit-Saint sous forme d'une colombe, d'un ange, l'artiste a représenté un chanoine agenouillé avec trois autres personnages.



    Jésus se tient mains jointes debout dans le Jourdain pour recevoir l'eau du baptême. Jean-Baptiste met la main sur l'épaule de Jésus, tandis qu'un saint - probablement le patron du commanditaire - met la main sur l'épaule du chanoine pour le présenter à Jésus.

    Ce saint pourrait être l'apôtre Jean que nous pensons reconnaître grâce au calice au serpent qu'il tient dans la main droite en allusion à l'une des épreuves qu'il a subies.

    A gauche, deux personnages porteurs du bonnet cylindrique du médecin, tiennent des pots à pharmacie et un livre. Ils figurent sans doute saints Côme et Damien, patrons des médecins. Le flacon d'urine et le pot à onguent font partie de leurs attributs. Ils sont célèbres pour avoir pratiqué la première transplantation chirurgicale vers l'an 300 : la jambe d'un Maure amputée alors qu'il venait de mourir, fut greffée sur le corps d'un blanc gangréné.

    Pourquoi avoir choisi la représentation du Baptême du Christ pour un relief votif ? Serait-ce pour avoir l'occasion de représenter les deux saints Jean dans une iconographie cohérente si le commanditaire s'appelle Jean ? La présence des deux saints guérisseurs pourrait indiquer que le chanoine fut médecin, pharmacien, chirurgien ?

    Toujours au croisillon du transept nord, une Résurrection est accrochée. Le monument votif représente un cadavre couché au sol - probablement le défunt pour qui la stèle a été commandée - nous rappelant le Transi de Guillaume Lefranchois qui nous avait interpellé au musée d'Arras en novembre 2004 ou l'Homme aux moulons vu à la Chapelle des Sires de Boussu en septembre 2005 près de Mons.


    Au centre de la composition, le Christ vêtu d'un manteau rouge vient de sortir du tombeau tandis que les gardes à l'arrière-plan se sont endormis. Sous un dais richement décoré, aux angles supérieurs, deux anges thuriféraires magnifient la scène.

    Qui sont les quatre autres personnages ?

    Au premier plan l'écclésiastique tient un livre dans la main gauche et une croix à droite des pieds du cadavre, tandis qu'à gauche une femme nous présente un livre ouvert en montrant la dépouille. Ils pourraient être les commanditaires de l'œuvre, descendants du défunt ?

    Au plan intermédiaire, se tiennent deux femmes. L'une d'elles lit un livre de prières tandis que l'autre à gauche tient un outil dans chaque main, probablement ses attributs de sainte.

    Nous n'avons pas souvent vu de Résurrection dans un relief votif, si ce n'est sur le splendide Monument funéraire de Guillaume Du Fay en pierre de Tournai, sculpté vers 1470, admiré au Palais des Beaux-Arts de Lille le 8 février 2006.





    Nous saluons aussi l'une des versions de la Descente de croix de Rubens et son atelier, bien différente par la composition de celle de la cathédrale d'Anvers vue en mars 2005 ou de celle du Palais des Beaux-Arts de Lille admirée lors de notre visite à l'exposition Rubens de Lille 2004.

    A Saint-Omer, la composition est plus proche de la version du Musée de Valenciennes découverte lors de notre journée baroque de mars 2003, dans laquelle le corps du Christ ploie aussi vers l'avant avec un angle marqué. Mais elle évoque pour nous encore davantage celle d'Arras : le corps du Christ y est presque cassé à angle droit, tandis que Marie-Madeleine s'apprête à accueillir la dépouille du Crucifié.


    Repas à la Brasserie Audomaroise

    Le Musée Sandelin et l'église Saint-Denis

    Au Musée Sandelin :

    • Les objets d'art rattachés à la Renaissance
    • mais aussi les éléments provenant de l'abbatiale Saint-Bertin
    • et le cabinet hollandais pour préparer notre voyage à Amsterdam


    A  l'église Saint-Denis,

    • Le relief de La Cène réalisé par l'atelier d'Andrea della Robbia
    • Les éléments provenant de l'Abbatiale Saint-Bertin
    • Les objets d'art rattachés à la Renaissance

    Les photos sans flash sont permises dans le Musée en payant un droit de 6 euros.

    Les commentaires de Monique Vyers et Sabine Wetterwald ont été faits après lecture du livre Chefs-d'oeuvre du musée de l'hôtel Sandelin disponible dans la bibliothèque de l'Association et complétés par des recherches personnelles.

    Nous entrons par le porche de la Cour d'honneur. Le portail central surmonté de pots-à-feu ne reflète pas le goût néo-classique en vogue sous le règne de Louis XVI.

    La demeure fut construite en pierre de Marquise en 1776-1777 par un architecte inconnu. Cet hôtel particulier entre cour et jardin, de style Louis XV, fut bâti pour la comtesse de Fruges (Marie Josèphe Sandelin). Il comprend un pavillon central à un étage et deux ailes en retour.
    L'entrée du Musée Sandelin aa La façade sur la cour d'honneur
    Le cabinet hollandais aa Henri-Joseph Dupuis né à Saint-Omer en 1819 réunit une immense collection de peintures, d'objets d'art, d'orfèvrerie, de faïences et de porcelaines qu'il légua à la ville de Saint-Omer. Nous visitons le Cabinet hollandais en prélude au voyage d'avril 2006 à Amsterdam.

    C'est à l'époque de la Renaissance que se constituent les premiers cabinets de curiosités.

    De riches amateurs, nobles, hommes d'églises, savants ou bourgeois, réservaient l'une des pièces de leur maison ou de leur palais à présenter des oeuvres d'art ou des curiosités naturelles.
    Thomas de Keiser (1596- 1667) a peint ces deux portraits de Henrick Verburg et Elisabeth Van der Aa sans doute à l'occasion de leur mariage.
    L'accent est donné sur les visages, traités en clair-obscur, qui se détachent sur des collerettes blanches.
    Keyser excelle à peindre les étoffes soyeuses et luisantes, particulièrement les noirs.



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    Ce Portrait d'une vieille dame par Nicolaes Eliasz Pickenoy (1588-1655) montre l'évolution de la peinture au XVIIe. Sur un fond neutre, le calme de cette vieille dame interrompue dans sa lecture est suggéré. Il ne s'agit pas de la résignation mais de la noblesse.

    Nicolaes Eliasz Pickenoy fut le portraitiste attitré des bourgeois fortunés, position qu'il partagea un temps avec son cadet Thomas de Keyser.

    Ce grand cabinet d'art, meuble caractéristique de la production anversoise du milieu du XVIIe siècle est réalisé en ébène et écaille de tortue.

    Retable de saint Crépin et saint Crépinien, école flamande vers 1415, huile sur bois,
    Musée Sandelin, Saint-Omer
    a Au rez-de-chaussée, légué au musée en 1905, le Retable de saint Crépin et saint Crépinien provient de la chapelle de la corporation des cordonniers en l'église du Saint-Sépulcre à Saint-Omer. Ce triptyque à volets fixes présente au centre une Crucifixion.
    Sur les quatre panneaux des volets latéraux, elle est accompagnée de scènes du martyre de saint Crépin et de saint Crépinien, torturés sous l'ordre du préfet d'Amiens Rictiovarius.
    Les deux frères sont d'abord arrêtés dans leur échoppe ; puis les bras attachés sur une table de bois, des bourreaux découpent de longues lanières de peau dans leur dos ; on leur enfonce ensuite des alènes sous les ongles ; enfin les deux saints sont plongés dans une chaudière contenant de l'huile bouillante.

    Charles Sterling note dans une analyse de ce tableau que le motif du fond d'or où figure un motif de vigne avec des grappes en relief est proche de celui dont Robert Campin anima le Triptyque Seilern.

    En Flandre, la folie se loge à l'avant du front. Cette Opération de la pierre de tête, est une copie ancienne d'une oeuvre originale disparue de Pieter Bruegel l'Ancien (1525 - 1569).
    L'opération, fondée sur la croyance que la folie serait causée par une pierre dans la tête, a été tournée en dérision par de nombreux peintres. La composition désordonnée et les couleurs dynamiques accentuent le vent de la folie. Bosch a peint La Cure de folie sur le même sujet en 1475.
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    a Dans le portrait de La Ribaude de Jan Steen, la grivoiserie du sujet est balancée par l'extrême qualité picturale, toute en nuances et en glacis. De la main gauche tendue, la jeune prostituée reçoit de l'argent d'un homme qui échange un regard complice avec la vieille entremetteuse apparaissant à l'arrière-plan.


    Andréa Della Robbia

    Au mois d'août 1838, monsieur Albert Caullet découvrait dans les ruines de l'abbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer treize morceaux du mausolée de Guillaume Fillastre.

    D'autres morceaux du même mausolée ont été retrouvés lors des fouilles entreprises en 1843 et 1844.

    Guillaume Fillastre né vers 1400, est un homme d'Eglise et un homme d'Etat. Vous pouvez voir et agrandir un Portrait présumé de Guillaume Fillastre généralement attribué à Rogier Van der Weyden.

    Entré dans l'ordre des Bénédictins, Guillaume Fillastre est un prélat important de la Cour de Bourgogne. Il est évêque de Verdun (1437) et de Toul (1449). Il est choisi comme secrétaire par René d'Anjou, roi de Sicile et duc de Lorraine. Le duc de Bourgogne Philippe le Bon lui donne l'évêché de Tournai en 1461.




    La Mort et l'épitaphe, terre cuite vernissée
    d'Andrea della Robbia, vers 1469-70

    En 1468, Guillaume Fillastre rédige pour Charles le Téméraire un imposant Traité sur la Toison d’Or. Les 90 pages enluminées du manuscrit Fr.138 (1492-1498) Histoire de la Toison d'Or, sont accessibles sur Gallica, la bibliothèque numérique du site de la BNF. Ce manuscrit était un élément de la librairie d' Anne de Bretagne (1477-1514).
    Fillastre fait bâtir l'église Saint-Bertin de Saint-Omer. Après sa mort en 1473 à Gand, son corps est transféré à Saint-Omer.


    Le Prophète Jérémie, terre cuite vernissée d'Andrea Della Robbia, vers 1469-70

    C'est sans doute au cours de son voyage à Rome où il était allé prêcher la croisade contre les Turcs que Guillaume Fillastre avait découvert les terres cuites vernissées d'Andrea Della Robbia, sculpteur très en vue en Italie à l'époque.

    Toute la famille Della Robbia, Luca en tête, récolta le succès de cette technique de céramique émaillée inventée à la Renaissance, alors que le procédé n'avait pas été découvert dans l'Antiquité, contrairement à la sculpture du marbre ou du bronze. Luca fut le créateur de ce procédé de "vitrage" et reste le plus célèbre de cette famille de sculpteurs et céramistes florentins. Il transmit le secret à son neveu Andrea (Florence 1435-1525).

    L'œuvre sculpté d' Andrea della Robbia sur le site récapitulatif d'Artcyclopedia.

    L'église Saint-Denis qui se signale par sa tour, rare témoignage de l'architecture gothique du XIIIe siècle du nord de la France, abrite aussi un fragment de la commande de Guillaume Fillastre à Andrea Della Robbia, provenant de l'abbaye Saint-Bertin.

    Pour mettre en valeur la qualité proprement plastique des figures, Della Robbia donne à l’œuvre un aspect lisse et brillant.
    Selon le choix de l’artiste et du client, l'œuvre est monochrome (blanc), bichrome (blanc et bleu ou blanc et jaune) ou franchement polychrome.
    En posant sa main sur le visage de Judas, le Christ montre sa tendresse à l'apôtre malgré la trahison prochaine. Jean s'est endormi sur l'épaule de Jésus.


    Ces anges proviennent du Monument funéraire de Philippe de Sainte-Aldegonde sculpté par Jacques Du Brœucq peu après la mort du bailli de Saint-Omer en 1574.

    L'évolution stylistique de Du Broeucq est visible dans ce Monument funéraire de Philippe de Sainte-Aldegonde : il renonce aux formules élégantes du maniérisme italien du début de sa carrière que nous avons vues dans le Monument funéraire d'Eustache de Croÿ (vers 1538) à la cathédrale Notre-Dame, au bénéfice de volumes traités avec ampleur et énergie que l'on peut qualifier de pré-baroques.

    Sur la page précédente de cet article dédié à la cathédrale Notre-Dame, vous pouvez voir le troisième élément qui se rapporte à ce monument : une Vierge à l'Enfant agenouillée dans les nuages. Les deux anges adorateurs se trouvaient probablement dans les nuées de part et d'autre de Marie.

    Un cul-de-lampe est un support en encorbellement, en forme de pyramide renversée, rappelant le dessous d'une lampe d'église, destiné à porter une base de colonne, une statue, une chaire.

    Nous en avons vu en particulier aux culots de l'enfeu de la Chapelle de Wissocq dans le bas-côté sud de l'ancienne cathédrale de Saint-Omer (page précédente), mais ailleurs aussi dans l'église.

    Les culs-de-lampe ci-contre proviennent de l'ancien hôtel de ville détruit en 1832.
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    Les deux anges aux visages ronds et pleins témoignent d'un souci de naturalisme.

    L'ange de gauche porte une chape agrafée par un mors en forme de losange flanqué de motifs foliés.

    Les armes devaient être celles du duc de Bourgogne, effacées après la conquète de la ville par les troupes de Louis XIV.

    Trouvé à l'emplacement de l'ancienne abbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer, le fragment représente une Tête de roi portant une couronne. Elle est datée du deuxième quart du XIIIe siècle.

    Le personnage porte une moustache, une barbe finement sculptée et une longue chevelure.

    La comparaison avec une autre Tête de roi qui date d'avant 1258, et qui provient d'un groupe de mages du portail nord de Notre-Dame de Paris -aujourd'hui au Musée de Cluny- met en évidence le rayonnement de la monarchie capétienne dans le nord de la France.

    Nous avons déjà vu la forme de ce visage triangulaire, cette moustache, ces lèvres minces, ce fin sourire, sur le visage du Roi Childebert

    sculpté pour l'abbaye Saint-Germain-des-prés à Paris vers 1239-1244 et conservé au Musée du Louvre.

    Ce style inaugure le style parisien sous saint Louis, qui succède au style 1200 incarné par l’art de Nicolas de Verdun.




    Mosaïques

    Les mosaïques proviennent du pavement du choeur de l'abbaye romane de Saint-Bertin, consacrée en 1105.

    Les tons utilisés - noir, rouge, ocre - sont relevés de nuances bleues et roses.

    Les personnages sont représentés avec simplicité et monumentalité, fidèles à l'esthétique de l'époque romane.

    Pied de croix

    a Le Pied de Croix provenant de l'ancienne abbaye de Saint-Bertin est l'un des joyaux du Musée Sandelin. Il est daté des années 1175-1180.

    Il est bien difficile de photographier un objet éclairé dans une cage de verre. La photo peut cependant être utile pour prendre en considération l'échelle.

    Nous pouvons à loisir faire le tour de ce chef-d'œuvre pour en admirer toutes les façettes.

    Nous cherchons à percer les correspondances typologiques provenant du répertoire des penseurs médiévaux en détaillant cet objet d'orfèvre.

    Cette volonté de mettre en parallèle les images de l'Ancien Testament comme préfigures de celles du Nouveau Testament n'est pas nouvelle en soi. Elle est en vigueur depuis saint Paul et saint Jean et apparaît déjà sur les mosaïques antiques.

    Quatre photos provenant du site du Musée Sandelin :



    La base du Pied de croix de Saint-Bertin est hémisphérique. Elle est bordée d'un disque ajouré à motifs végétaux sur lesquels sont assis les quatre évangélistes. Ils servent de supports au pied de croix.

    Saint Matthieu cesse son travail d'écriture et se retourne vers l'ange qui s'adresse à lui.




    Sur le chapiteau de la partie supérieure, orné de feuillage et de fruits, deux des quatre personnages -dont la Terre ci-dessus qui tient une bêche à la main- font allusion au caractère divin de la Rédemption.

    La technique utilisée pour les scènes émaillées de la base est celle de l'émail champlevé (procédé d'incrustation des émaux) sur cuivre doré, technique romane de l'Europe du XIIe siècle.



    Jeudi 19 janvier 2006
    Les vestiges de l'Abbaye Saint-Bertin à Saint-Omer





    L'Abbaye Saint-Bertin, abbaye bénédictine, fondée au VIIe siècle par l'évêque de Thérouanne Audomar. Aujourd'hui, ne subsistent que quelques ruines.

    a Abbé de Saint-Denis lors de la première moitié du XIIe siècle, l’abbé Suger (1081-1151) est à la fois conseiller des rois et historien.

    Il décide la construction de la nouvelle basilique de Saint-Denis en 1144 où se feront enterrer les rois de France. C'est le véritable début de l'art gothique.

    A la mort de Louis VI, il est conseiller auprès du nouveau roi, Louis VII, et assure la régence lors de la Deuxième Croisade à partir de 1147. Historien, il rédige le premier volume des Grandes chroniques de France, histoire officielle de la monarchie, consacré à Louis VI.

    L'abbé Suger tourne le dos aux vestiges de l'Abbatiale.

     

    Sur la place, devant les quelques arcades et la partie basse de la tour (1460) de l'Abbatiale, la statue en marbre de l'abbé Suger est érigée à l'emplacement de l'ancien abattoir construit entre 1821 et 1824. aa

    L'église romane édifiée vers le milieu du XIe siècle est remplacée par l'église gothique dont la construction dure de 1325 à 1520.







    Il reste de l'église Saint-Bertin, la façade aux larges proportions et finement taillée. Elle se dresse à jour, sans vitraux, mutilée. Restent encore des arcades ogivales de la nef et des clochetons. (texte de Bruno Carpentier.)











    A l’aube du Moyen Age, le mont Sithieu, haut de vingt et un mètres, n’est qu’un simple promontoire qui domine des terres marécageuses. Une ville existe bien, mais à quelques kilomètres au sud, à Thérouanne. Là-bas vit au VIIe siècle un évêque appelé Audomar, canonisé plus tard sous le nom de saint Omer.

    Audomar évangélise la région en compagnie de trois missionnaires : Bertin, Momelin et Ebertram. Ils implantent au bas de la butte de Sithieu une abbaye dédiée à saint Martin, puis à saint Bertin.

    De Simon Marmion (1435?-1489), La Vie de Saint Bertin est l'unique pièce encore conservée du retable de Saint-Omer, disparu suite à la destruction de l'abbaye de Saint-Bertin lors de la Révolution. Sur les deux panneaux, l'on distingue à l'arrière-plan, le cloître décoré d'une danse macabre.

    Le Retable de saint Bertin de Simon Marmion sur la Web Gallery of Art.

    Un résumé sur l'histoire des vestiges de l'Abbaye Saint-Bertin sur le site de la ville.


     

    Jeudi 19 janvier 2006
    La Chapelle du Collège des Jésuites de Saint-Omer


    aa La Chapelle du Collège des Jésuites a été construite de 1615 à 1640, d’après les plans de Jean Dublocq. L'origine de la mode baroque en Flandre est sans doute religieuse : les architectes Jésuites, en grâce auprès des Archiducs, sont essentiellement Hoeymaker de Tournai (1599-1626) et Dublock de Mons (1583-1656).

    La façade ouest de la Chapelle du Collège des Jésuites. La nuit tombe. L'un des deux groupes se tient sur le nouveau parvis de la Chapelle.


    La façade de la Chapelle du Collège des Jésuites est inspirée de celle de l'église du Jesu à Rome, où un prototype de la façade baroque est construit par Della Porta. Cette façade imposante, en brique rouge à parement de pierre blanche, impressionne par son élévation régulière sur cinq étages.

    Les colonnes du portail sont en pierres de Namur. Elles ont été transportées sur l'Aa et sont arrivées numérotées. Le transport des matériaux par voie d'eau était beaucoup moins onéreux que celui fait par les mauvaises routes.

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    Bordée au sud par les anciens bâtiments d'enseignement, cette chapelle du XVIIe siècle constitue le temps fort de ce quartier des collèges, doté par ailleurs d'un séminaire construit en briques jaunes.

    Les arcs boutants ont été remplacés par de gros contreforts surmontés de volutes pour suivre la nouvelle tendance baroque.

     

    La chapelle comprend une nef large, sans transept, sur laquelle se greffe un chœur peu profond à chapelles rayonnantes et dépourvu de déambulatoire.

    a La nef est bordée, non pas de bas-côtés comme cela est le cas à la cathédrale, mais d’une série de chapelles destinées à l’origine aux confessionnaux.

    De massives colonnes d’inspiration antique séparent ces deux espaces en rythmant l'arcade en plein cintre.

    A leur sommet court une frise sculptée composée de scènes bibliques, de symboles ou emblèmes mystiques à la signification savante et quelque peu hermétique.

    Avec la période de la Renaissance flamande, ce genre de voûte décorative avec multiples nervures, liernes et tiercerons, est souvent utilisé au XVIe jusqu'à la mode baroque dans le courant du XVIIe. Cependant, nous retrouvons ce type de voûte dans d'autres régions comme à Saint-Jacques de Dieppe par exemple.

    Il ne s'agit pas de faire des recherches de structures comme au Moyen Âge, mais plutôt de développer un effet décoratif. Les clés de voûtes prennent alors de plus en plus d'ampleur.

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    Quelques éléments d'architecture: 1 Clé de voûte 2 Arc diagonal 3 Lierne 4 Tierceron 5 Arc formeret.



    La page de la Chapelle de l'ancien Collège des Jésuites sur le site de la ville.


    Madame Le Maner répond aux attentes du groupe. ( Photo S.W.)

    Jeudi 19 janvier 2006
    La Bibliothèque de Saint-Omer


    Madame Martine Le Maner - conservatrice du fonds ancien - présente quelques incunables qu'elle a choisi d'exposer pour notre groupe.





    La Bible à 42 lignes de Gutenberg

    1455, conservée à Saint-Omer.

    (Cliché Bibliothèque de Saint-Omer)

    Qu'est-ce qu'un incunable ?

    C'est un ouvrage imprimé entre les débuts de l'imprimerie et 1500. Les lettres sont gothiques et le texte se déploie sur deux ou trois colonnes. Il débute par l'incipit et se termine par l'excipit.

    En quoi est-il différent du manuscrit ?

    Il est imprimé. On y trouve la marque de l'imprimeur (nom, devise,enseigne). Les enluminures sont remplacées par des images en noir et blanc réalisées à partir de gravures sur bois appelées xylogravures. Les lettrines sont remplacées par des initiales peintes en rouge ou bleu : c'est la rubrication. Vers 1480, c'est l'apparition de la page de titre. Le texte ne commence plus sur le recto du premier feuillet. On y trouve le titre de l'ouvrage, mais surtout le nom de l'imprimeur, la date et le lieu de l'impression.

    Sur les incunables précieux, les enluminures existent toujours et l'imprimeur laisse alors un blanc réservé au travail de l'enlumineur. Le premier incunable connu est la Bible à quarante-deux lignes imprimée par Gutenberg en 1455. Il comporte mille pages et le texte est disposé en deux colonnes de quarante-deux lignes. Le texte est noir en lettres gothiques.

    En 1457, est imprimé le premier livre en couleur : le Psautier de Mayence. Le texte est en noir, les têtes de chapitre sont en rouge et la rubrication apparaît.

    La façade montre l'emploi conjugué de la pierre et de la brique qui rappelle le style Louis XIII.

    Au-dessus de la porte, le balcon, les candélabres, les petites arcades de l'attique (ornement d'architecture qui couronne un édifice ou la partie supérieure d'une façade), la moulure du premier niveau, appartiennent au style Renaissance.

    Les livres et manuscrits confisqués dans les communautés religieuses de Saint-Omer furent entassés pêle-mêle dans une salle de l'abbaye Saint-Bertin. Ce dépôt fut trié et classé dès 1799 par Charles Aubin, un moine bénédictin devenu bibliothécaire.




    Les ouvrages furent installés sur les boiseries provenant de la grande bibliothèque de Saint-Bertin dans la vaste salle du premier étage de l'ancien Collège des Jésuites français.
    Les premiers manuscrits réalisés par l'abbaye cistercienne de Clairmarais témoignent du respect des principes édictés par saint Bernard.
    Dès la fin du XIIe, on constate une plus grande exubérance avec l'apparition de lettres polychromes, d'entrelacs, de feuillages, de dragons.




    Avec les premiers frémissements du gothique, l'art de Clairmarais prend un caractère plus ostentatoire et fait désormais une place aux représentations humaines. (texte du fascicule de la bibliothèque de l'agglomération de Saint-Omer)





    La reliure s'orne de semis (reproduction régulière et symétrique d'un même motif de petites dimensions), de larmes, de rubans, de filets, d'écoinçons, de médaillons. Elle a ses fers, ses tranches antiquées, ses cartouches azurés, ses plats mosaïqués.

    Le XVIe est le siécle d'or de la reliure.






    Les 15 000 ouvrages imprimés antérieurs à 1811 conservés à Saint-Omer permettent de suivre toutes les étapes de l'histoire du livre. La bibliothèque possède de nombreuses éditions des grands imprimeurs-humanistes de la Renaissance : Robert Estienne, Etienne Dolet, Alde Manuce, Christophe Plantin. (texte du fascicule de la bibliothèque de l'agglomération de Saint-Omer)


    Quelques liens :

    Mise en ligne par Sabine Wetterwald en janvier et février 2006

    Actualisation le 24 mars 2013

    Le programme 2005-2006 : Renaissance et Humanisme dans les Pays du Nord ;

    La carte interactive des journées et voyages de Convivialité en Flandre.