Fiche d'Histoire de l'Art n°3 - Les dessins de Rembrandt (1606-1668) Imprimer Envoyer

La fiche n°3 d'Histoire de l'Art :

Les dessins de Rembrandt (1606-1668)

Sabine Wetterwald

En 2006 l'Europe fêtait le 400e anniversaire de la naissance de Rembrandt.
De nombreuses pages web fleurissent sur le Net à l'occasion de cette date très médiatisée, mais les nombreuses peintures de Rembrandt nous font parfois oublier quel grand dessinateur et quel aquafortiste il était.

L'enseignement de Sophie Raux intitulé Le dessin aux XVIe et XVIIe siècles suivi début 2005 à l'Université de Lille3, m'a permis de mieux connaître les dessins de Rembrandt. J'ai souhaité ensuite en savoir plus sur l'ensemble de l'œuvre dessiné du grand maître hollandais.

C'est à sa mort que l'on découvre sa collection.

Y figurent des dessins de Mantegna, Dürer, Jordaëns, Rubens... Rembrandt témoigne d'un grand intérêt pour cette activité graphique. Certains dessins peuvent être rattachés à des gravures précises, mais d'autres sont faits pour eux-mêmes comme des œuvres indépendantes. Peu de croquis préparatoires à ses peintures, mais plutôt le dessin pour lui-même.
Trait incisif, rythme enlevé, Rembrandt utilise de multiples techniques de dessin en choisissant différentes espèces de
papiers pour multiplier les effets. Il crée des études de figures à la craie et à la sanguine et utilise le crayon ou la pierre noire.
Mais c'est surtout la technique de la plume associée à l'encre qui a sa faveur. D'abord la
plume d'oie qui permet un graphisme délicat ; il la délaisse ensuite au profit du roseau taillé, avec lequel il peut varier la largeur du trait, créant des effets nouveaux, uniques. C'est le cas dans le dessin qui suit.

Les scènes bibliques

Rembrandt, 'Agar et Ismaël dans le désert', vers 1652


L'illustration concerne le passage de la Genèse 21:17.
Il mêle ou non le pinceau à la plume, pour étaler des plages de lavis clairs ou soutenus sur le papier, avec une grande sûreté de touche. Le choix magistral des papiers, s'accordant avec les tons variés des lavis, permet d'exprimer différents rendus dans les expressions humaines ou les paysages.
Découvrez plus de 40 travaux d'artistes autour d'Hagar et Ismaël, une histoire contée aux versets 8 à 21 du chapitre 21 de la Genèse.

Rembrandt, Agar et Ismaël dans le désert, vers 1652, Kunsthalle,
Hambourg, 182 x 252 mm, plume de roseau et lavis de bistre

 

Rembrandt, 'Joseph et son père'

Le dessin ci-contre de Joseph et son père, est fait au crayon sur papier bistre avec le monogramme PR. Au dos, des notes à propos de son origine dans les collections de Christiaan Josi et Le Chevalier de Claussin.
Rembrandt, Joseph et son père, ca. 1650,
Museum Bredius, La Haye, 170 x 150 mm

 

L'article Joseph, l'un des douze fils de Jacob, dans l'Encyclopédie Wikipedia resitue Le Songe de Joseph dans l'histoire biblique.
Lisez le
chapitre 37 de la Genèse dans la Bible de Jérusalem.

Regardez les pieds des personnages ou les mains de Joseph : Rembrandt ne se contente pas d'un seul trait. Il combine des lignes entremêlées dans une sorte de gribouillage, le scarabocchio, et sous un apparent désordre, il apporte la profondeur par des expressions signifiantes.

 

 

 

Rembrandt comprend la Bible de l’intérieur. Par des ellipses et un art du dépouillement, il en exprime le sens profond. Rembrandt, 'Le Christ et la Femme adultère'

Manfredi Quartana, dominicain et sculpteur, a participé à un entretien recueilli par Catherine Firmin-Didot pour le journal Télérama n° 2929 du 2 mars 2006. Manfredi Quartana y passe à la loupe le dessin ci-contre Le Christ et la Femme adultère.

Lisez le passage rapportant l'histoire de la femme adultère dans le Nouveau Testament au chapitre 8 de Jean.


Rembrandt, Le Christ et la Femme adultère,
1655, Nationalmuseum, Stockholm

Rembrandt utilise rarement la pointe d'argent qui laisse une empreinte pâle et vibrante sur le support, si ce n'est pour une vue de l'Amstel - le fleuve qui traverse Amsterdam - ou pour un portrait intime de Saskia, réalisé trois jours après leurs fiançailles.

Le portrait d'un seul personnage


Rembrandt, 'Saskia assise au lit'

 

Ce dessin exceptionnel réalisé par Rembrandt vers 1635, était visible du 30 mars au 21 mai 2006 à l’Institut Néerlandais à Paris, à l'occasion de l'exposition "Rembrandt et son école, Dessins de l’ancienne collection royale de Dresde", organisée par la Fondation Custodia.

Rembrandt, Saskia assise au lit, 150 x 138 mm, plume et encre brune, lavis brun corrigé à la gouache blanche, ca. 1635, Kupferstich-Kabinett, Staatliche Kunstsammlungen, Dresde

 

Rembrandt croque son épouse Saskia sur le vif. La précision du trait à l'encre - utilisée pour le personnage à mi-corps - nous la rend proche tandis que l'effet de profondeur est renforcé à merveille par les larges coups de pinceaux de lavis brun pour le rideau du premier plan.
Par l'installation d'un rideau - récurrente chez l'artiste - Rembrandt nous donne à voir l'espace intime du lit. Les touches de gouache blanche de la coiffe et du visage apportent une douce lumière à l'expression étonnée de Saskia.

Rembrandt, 'Jeune fille dormant'

 

 

 

Le portrait ci-contre n'est pas conventionnel.
Il est emprunt d'humanité mais ne semble pas proche de son modèle. Nous reconnaissons dans les grandes lignes Hendrickje Stoffels (ca. 1626-63), l'épouse de Rembrandt.
Avec la touche du pinceau et quelques traits larges, il croque rapidement et adroitement les grandes lignes de son corps endormi. Il utilise la réserve du papier pour suggérer non seulement sa silhouette, mais aussi l'atmosphère qui l'entoure. Au-dessus de sa tête, un léger lavis permet de faire émerger son visage par la suggestion d'une obscurité dans un angle de la pièce.

Rembrandt, Jeune fille dormant, ca. 1654, lavis de bistre avec
rehauts de gouache blanche, British Museum, Londres, 246 x 203 mm
Du point de vue du style, le dessin peut être rapproché d'une peinture d'Hendrickje de Rembrandt, conservée à la National Gallery de Londres, Femme se baignant dans un ruisseau, huile sur chêne, 62x47 cm.
Dans cette peinture datée de 1654, elle porte un peignoir semblable. Il est possible qu'elle soit enceinte, car en 1654, Hendrickje - entrée en 1649 au service de l'artiste - donna naissance à leur fille Cornelia. Elle mourut en 1663 et fut ensevelie à la Westerkerk d'Amsterdam, là où Rembrandt fut enterré six années plus tard.
Cette étude est entièrement exécutée au pinceau avec un lavis de bistre et quelques touches de gouache blanche. Une technique peu habituelle pour Rembrandt qui utilisait le plus souvent le crayon, la craie ou la plume pour ses dessins. C'est à la fois expérimental pour lui et très attrayant pour un œil moderne, rappelant les dessins orientaux faits au pinceau.

Le paysage

Les paysages sont moins connus que les portraits.
Rembrandt est fasciné par la nature. Dans la mouvance de Patenier ou de Bruegel, il met en scène les plaines et le relief dans une vision cosmique. Les personnages sont petits dans l'immensité. Il rend hommage à l'activité humaine avec des constructions ébauchées à l'arrière-plan et le moulin qui domine l'ensemble. Peut-être est-ce aussi un hommage à son père meunier ?

Paysage avec un moulin au centre

Rembrandt, Paysage avec un moulin au centre, Musée Condé, Chantilly


La réserve de papier est admirablement utilisée pour laisser une impression de fondu et de perspective à l'arrière-plan. En modulant la légèreté de la couche de lavis de bistre, en jouant des traits de plume (probablement une plume d'oie) à peine esquissés pour l'architecture et les éléments lointains, Rembrandt donne une atmosphère douce à son dessin très abouti, même si la première étude a pu être croquée "sur le motif".

Une scène de la vie quotidienne

Rembrandt met en scène une coutume néerlandaise associée à la fête de l'Epiphanie pour commémorer la visite des trois Rois au Christ nouveau-né.

Rembrandt, 'L'étoile des rois'
Rembrandt, L'étoile des rois, 204 x 323 mm, crayon et encre brune, ca. 1645-47, British Museum, Londres

Avec une lanterne en forme d'étoile -l'Etoile des Rois mages- les enfants vont de porte en porte et quémandent quelques pièces aux habitants.
Cette coutume nous rappelle une tradition toujours vivante à Dunkerque et dans le Nord de la France pour célébrer la fête de la Saint-Martin le 10 novembre : avec une lanterne réalisée dans une betterave, les enfants sonnent aux portes des maisons et chantent la chanson de Saint-Martin en demandant des bonbons.

Rembrandt pourrait avoir croqué cette scène sur le vif.
A gauche, une famille regarde les enfants depuis l'entrée de leur maison. De larges lignes d'encre marquent sobrement l'architecture. Une mère tenant enfant et panier dans les bras observe le groupe. A l'extérieur du groupe principal, un autre enfant montre l'étoile et tire un bambin visiblement effrayé et en pleurs. Devant, avec de larges coups de crayon, deux chiens se reniflent en s'amusant. Deux hommes fixent la scène depuis la droite tandis qu'un troisième est à peine esquissé à l'arrière-plan.
L'association d'un lavis d'encre brune et d'un jeu de hachures parallèles, procure l'obscurité nécessaire pour suggérer la profondeur et l'atmosphère nocturne. Les hommes de droite se détachent sur des ombres sombres. Le dos du jeune homme qui tient la lanterne en forme d'étoile est placé dans l'ombre. La lanterne illumine le visage invisible de ce garçon et le reste du groupe.

Les attributions au grand peintre ont varié avec le temps.

Le nombre des tableaux associés au nom de Rembrandt à un moment ou à un autre, dépasse le chiffre ahurissant de mille ! Aujourd'hui, il a été ramené autour de trois cents. Des recherches conduites aux Pays-Bas montrent que les « autoportraits » du peintre n'en sont pas forcément. De son vivant, la valeur des dessins et eaux-fortes de Rembrandt était davantage reconnue que celle de ses peintures dont les empâtements heurtaient le goût de l'époque.

Bien que souvent faits à la hâte sur un morceau de papier, les dessins sont de véritables chefs d'œuvre. Rembrandt les conservait pour les utiliser plus tard dans ses peintures ou ses gravures. L'inventaire de la vente de 1656 révèle que le Maître conservait ses esquisses classées par sujet : figures, paysages, architectures, études d'après l'antique, etc.

Les dessins de Rembrandt sont sans doute les documents les plus originaux de son art.

À cliquer :

 

Un film sur Rembrandt :

'Rembrandt fecit', 1669

 

Le film Rembrandt fecit 1669 de Jos Stelling de 1977, 1h51, couleur, Pays-Bas, est réédité en copies neuves à l’occasion des 400 ans du peintre.

Vous pouvez visionner un extrait du film de 2 min 50, sur le site de ED Distribution en cliquant sur l'un des trois logos proposés selon le logiciel disponible sur votre ordinateur.

 


Une récré pour admirer les plus beaux autoportraits de Rembrandt enchaînés par l'art du morphing.

C'est une création de lemurheart.


 

À lire :

♥ L'Univers de Rembrandt, Henry Bonnier, Coll. Les carnets de dessins, 80 dessins, Ed. Scépel, Paris, 1969 ;

♥ Catalogue raisonné de Rembrandt, Les dessins, Otto Benesch, 4 volumes, Ed. Phaïdon, Londres, 1954-1957 ;

♥ Rembrandt, Ludwig Münz et Bob Haak, Coll. La bibliothèque des grands peintres, Ed. Cercle d'Art, Paris, 1968, chapitre Les dessins, pages 46 à 60 ;

♥ Rembrandt et la Bible, Hidde Hœkstra, Traduction Anne Mildner, Ed. V.B.I., Weert, 1990. Encore disponible chez les bouquinistes ou consultable en bibliothèque. L'auteur reprend chronologiquement des épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament et les illustre par 74 toiles, 65 eaux-fortes et 135 dessins de Rembrandt consacrés à des thèmes bibliques. Vous y retrouverez l'histoire de Joseph pages 54 à 81.

Rédaction et mise en ligne par Sabine Wetterwald pour Convivialité en Flandre le 1er mars 2006,
vidéo morphing ajoutée le 18 décembre 2008

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