Imprimer Envoyer

Jeudi 13 décembre 2012 à 18h00
Auditorium du Musée des beaux-arts, Place du Général de Gaulle, Dunkerque


Velázquez, Goya, Picasso, Dalí...

Chefs d'œuvre des musées de Madrid

Une conférence de Sabine Wetterwald


Membres ou non de l'Association Convivialité en Flandre, nos conférences vous sont ouvertes dans le cadre de notre partenariat avec la Ville et les musées de Dunkerque. Le tarif plein est de 6 € ; le tarif réduit est de 3 € pour les membres de l'Association. Nous acceptons les " Passeports Senior ". Gratuité pour les scolaires, étudiants et demandeurs d'emploi.



À 16h30, en correspondance avec la conférence sur la peinture des musées madrilènes, visite guidée au musée des beaux-arts de Dunkerque : Lorène Loviny présente un choix d'œuvres espagnoles des collections et le quatrième volet de l'exposition Autre pareil au Musée des beaux-arts de Dunkerque.


Sabine Wetterwald ee

Sabine Wetterwald a obtenu une maîtrise d'histoire de l'art après avoir longtemps enseigné les mathématiques.
Responsable de la programmation artistique de Convivialité en Flandre, elle est déjà intervenue pour l'association à propos des précurseurs des Primitifs flamands,
du Triptyque Portinari de Hugo van der Goes, du clair-obscur dans la peinture, de l'histoire de la photographie, de la symbolique du poisson ou du maniérisme au XVIe siècle.

Elle nous enmène cette fois en voyage à Madrid autour des Ménines de Velázquez, peinture emblématique du Siècle d'or espagnol.


Le thème choisi cette saison - En fête sur les chemins de l'art – mène Convivialité en Flandre au printemps 2013 à Madrid, capitale des arts s'il en est.
L'occasion est belle pour évoquer quelques trésors des musées madrilènes : côtoyant Zurbarán, Murillo ou El Greco aux cimaises du Prado, Diego Velázquez et Francisco Goya sont à l'honneur dans les collections royales - le Prado est le musée qui abrite le plus grand nombre d'œuvres de Goya - tandis que le somptueux musée Reina Sofia offre une place de choix à Pablo Picasso et Salvador Dalí dans un fonds résolument axé sur l'art moderne espagnol.



o Museo del Prado, Madrid
Diego Velázquez, Las Meninas, Prado
Parmi les principaux chefs-d'œuvre de Velázquez, Les Ménines (Prado, 1656) est une somme picturale dans laquelle le peintre officiel de la famille royale développe les moyens les plus subtils pour mettre en scène le couple dynastique en disposant avec finesse chaque personnage dans un espace fini aux potentialités infinies, entre
mêlant le portrait de cour et l'autoportrait dans l'atelier.

Cette mise en abyme magistrale questionne
les philosophes comme Michel Foucault, et les historiens d'art tels André Chastel et Daniel Arasse, par son savant jeu d'énigmes.
À travers les siècles, les artistes parmi lesquels
Juan Bautista Martínez del Mazo (gendre de Velázquez), Francisco Goya, Pablo Picasso ou Salvador Dalí ont tenté d'en percer les secrets et n'ont cessé de puiser leur inspiration dans cette œuvre testament.

Diego Velázquez, Las Meninas ou La famille de Philippe IV, 1656,
huile sur toile, 320 x 276 cm, Museo del Prado
, Madrid

Francisco de Goya, La Maja nue, Prado, MadridFrancisco de Goya, La Maja desnuda (La Maja nue), entre 1790 et 1800,
huile sur toile, 87 x 190 cm, Museo del Prado, Madrid

Francisco de Goya, La Maja vêtue (La Maja vestida), Prado
Francisco de Goya, La Maja vestida (La Maja vêtue), entre 1802 et 1805,
huile sur toile, 87 x 190 cm, Museo del Prado, Madrid

ee ee
Diego Velázquez, Vénus au miroir, 1649-51
Diego Velázquez, Vénus au miroir,  1649-51, huile sur toile, 122,5 x 177 cm,
National Gallery, Londres
d La troublante Maja desnuda de Goya n'est pas sans rappeler La Vénus au miroir de  Velázquez, elle-même inspirée à la fois des "Vénus au miroir avec Cupidon" et des "Vénus allongées" de la Renaissance vénitienne.
On pense
à la Vénus endormie peinte vers 1510 de Giorgione conservée à Dresde ou à la Vénus d'Urbino du Titien peinte avant 1538 et gardée aux Offices de Florence. Cette fois, pas de prétexte mythologique ou religieux. Une femme nous regarde...
À son tour, La Maja nue sera source d'inspiration pour la pose de l'Olympia de Manet (1863) exposée au Musée d'Orsay.
La Maja vestida de Goya réalisée quelques années après la Maja desnuda est peinte d'après le même modèle. On a longtemps pensé que la "Cayetana", treizième duchesse d'Albe et amie de Goya, avait posé pour le peintre. Ce serait plutôt
Pepita Tudó, alors maîtresse de Manuel Godoy pour qui le tableau avait été peint, et qui deviendra son épouse après de nombreuses péripéties.

Avant d'être nommées les Majas, on les appelait les Gitanes ; la Maja vêtue était placée sur la Maja nue et un mécanisme permettait à Godoy de dévoiler le tableau caché en fonction de la qualité de ses invités. De même le tableau provocateur L'Origine du monde de Gustave Courbet peint en 1866 sera caché par une autre peinture de Courbet - Le Château de Blonay - pour ne pas choquer les visiteurs du diplomate turc Khalil-Bey, puis par un tableau d'André Masson commandé par son beau-frère Jacques Lacan, dernier propriétaire de l'œuvre avant sa transmission au Musée d'Orsay.

Le Tres de Mayo (Goya, Prado, 1814) immortalisant le martyre de révoltés par l’armée de Napoléon est sans doute la première œuvre de l'ère moderne par son style et son intention.
Goya se démarque des conventions de l'époque pour imaginer cette peinture de guerre d'une violente puissance émotionnelle.
En témoin engagé de son temps il implique le spectateur dans une forte prise de conscience politique avec la dénonciation des horreurs de la guerre.
Édouard Manet reprendra le thème dans l'
Exécution de l'Empereur Maximilien du Mexique (1968) et Picasso plus tard dans Massacre en Corée et Guernica.
Francisco de Goya, El Tres de Mayo, Prado






Francisco de Goya
El Tres de Mayo
(Le trois mai)
1814
huile sur toile
266 x 365 cm
Museo del Prado
Madrid




Le Grand Masturbateur (Dalí, Reine Sofia, 1929) est un beau représentant de la révolution surréaliste influencé par la psychanalyse, tandis que Guernica (Reine Sofia, 1937) apparaît comme le cri de Picasso dans la tourmente de la guerre d'Espagne.

Salvador Dalí, Le Grand masturbateur, 1929 aa Pablo Picasso, Guernica, 1937
Salvador Dalí, Le grand masturbateur, 1929, huile sur toile,
110 x 150 cm,
Museo nacional Centro del Arte Reina Sofia, Madrid
Pablo Picasso, Guernica, 1937, Museo nacional Centro del Arte Reina Sofia, Madrid

Témoignages majeurs ou manifestes artistiques, ces œuvres incontournables ont marqué les esprits et bouleversé leur époque. Leur décryptage peut nous aider à comprendre l'histoire mais surtout un peu de l'âme espagnole.


Bibliographie :

  • Diego Velázquez
    - Daniel ARASSE, « L'œil du maître » in On n'y voit rien, Folio Essais, 2000-2003, pp. 175-216 ;
  • - Daniel ARASSE, Histoires de peintures, transcription de conférences données sur France Culture en 2003 : n°17 Éloge paradoxal de Michel Foucault à travers « Les Ménines », Denoël, 2006 ;
    - Yves BOTTINEAU, Velázquez, Citadelle & Mazenod, Les Phares, 1998 ;
    - André CHASTEL, Le tableau dans le tableau suivi de La figure dans l'encadrement de la porte chez Velázquez, Champs Arts, Flammarion, 1978, 2012 ;
    - Xavier de HARLAY, On y voit tout... de l'autre côté du miroir, Litt&graphie, 2007 ;
  • - Michel FOUCAULT, « Les suivantes » in Les mots et les choses (Une archéologie des sciences humaines), Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines, 1966 ;
    - Madlyn Millner KAHR, « Velázquez and Las Meninas » in Art Bulletin n° 57, juin 1975, pp. 225-246 (JSTOR) ;
    - Sophie RAUX, La peinture européenne au XVIIe siècle - Cours et TD Licence2 Lille 3, 2004-2005 ;
    Francisco Goya
    - Patricia WRIGHT, Francisco Goya, la conscience du regard, Gallimard, coll. « Passion des arts », 1994 ;
    - Marie-France SCHMIDT, Goya, Gallimard, coll. Folio Biographies, 2009 ;
    Pablo Picasso
    - COLLECTIF, Picasso et les maîtres, Grand Palais, Louvre, Orsay, Dossier de l'art n° 157, nov. 2008
    - Carsten-Peter WARNCKE, Pablo Picasso, Taschen, 2003 ;
    Salvador Dalí
    - Gilles Néret et Robert Descharnes, Salvador Dali, L'œuvre peint 1904-1989, Coffret en 2 vol., Taschen, 2007 ;
  • - Serge Fauchereau (dir), Dali, coll. Découvrons l'art - XXe siècle, Cercle d'art, 2000 ;
  • - Sophie Cachon (dir.), Dalí au Centre Pompidou, Télérama hors-série, novembre 2012 ;
    Ouvrages généraux
    - Ernst Hans GOMBRICH, Histoire de l'art, Phaïdon, 1950, 2004 ;
    - Rose-Marie et Rainer Hagen, Les dessous des chefs d'œuvre, Vol. 2, Taschen, 2000, 2005 ;
    - Magazine GÉO n° 380, Le Madrid des Madrilènes, Octobre 2010, pp. 54-94.

À cliquer :

  • - Une présentation vidéo du projet Google Earth qui offre la numérisation en haute résolution de chefs d'œuvre du Prado ;
  • - Peintures, dessins, estampes, documents de Francisco de Goya : la page Goya en el Prado permet d'apprécier la plus grande collection au monde d'œuvres de Goya dans un musée.
  • - Goya et la gravure : les désastres de la guerre ;
  • - Pablo Picasso au travail avec deux vidéos : Burning Sensations et In the key of Picasso ;
  • - Une vidéo de vingt minutes didactiques pour comprendre Guernica, le chef d'œuvre de Picasso exposé au Musée Reina sofia. C'est un beau projet TICE réalisé par des élèves de CM2 du Lycée Condorcet de Sydney.

Rédaction et mise en ligne par Sabine Wetterwald le 12 décembre 2012
actualisation le 19 décembre

Le programme 2012-2013 : En fête sur les chemins de l'art ;

La carte interactive des journées et voyages de Convivialité en Flandre.