| James Turrell, sculpteur de lumière, et l'optimisme |
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“ Felix sit annus novus. ” “ Que la nouvelle année soit heureuse. ” Du neuf pour l'An neuf ! Envie de commencer l'année 2009 sous le signe du dynamisme et de l'optimisme ?
Découvrez au Musée des beaux-arts de Dunkerque l'exposition " Par-delà la matière ". L'installation Cherry - une 'Aperture' de James Turrell - y occupe un espace muséal important. Un bonheur pour moi qui rencontre l'œuvre de cet artiste pour la première fois lors du vernissage du vendredi 16 janvier 2009. Vous avez peut-être déjà entendu parler de cet artiste américain qui avait défrayé la chronique voici plus de trente ans en achetant le volcan éteint Roden crater en Arizona pour en faire une gigantesque embellie de Land Art. Les photos de ses conceptions sur la lumière donnent un aperçu bien pauvre de ses travaux réels et ne peuvent être représentatives du génie de l'artiste par leur frustrante impossibilité à rendre compte de la troisième dimension : Cherry n'est pas seulement une œuvre à interpréter des yeux comme nous le faisons d'une peinture, mais plutôt à ressentir, de loin, de près ; une lumière à laisser entrer en soi, qui s'adresse davantage à notre émotivité qu'à notre intellect. Mais vais-je savoir vous parler d'une situation dans laquelle je perds pied, où il n'y a ni iconographie compliquée à expliciter, ni geste à détailler, ni contexte d'époque lointaine à rapporter, même pas une image à narrer ? Et rien pour me rattacher au discours classique de l'historien d'art. À tâtons, je traverse le couloir obscur - voulu par Turrell - et laisse peu à peu s'enfuir mes repères. Tandis que mes yeux s'habituent doucement à l'obscurité, j'entre dans la pièce où agit la lumière. Je résiste un moment à la nécessité de m'approcher et garde du recul en détaillant les réactions des autres visiteurs, aussi surpris que moi.
Je pense immanquablement au film Musée haut, musée bas, adapté récemment de la pièce de théâtre éponyme par Jean-Michel Ribes. Le cinéaste y met en scène une séquence caricaturale de l'art conceptuel avec une œuvre d'un certain Karl Paulin dans laquelle le spectateur est lui-même le sujet de l'œuvre : l'artiste ne dit plus " Regardez l'œuvre ", il dit " Regardez-vous ", et les personnages-spectateurs du film prennent au sérieux la situation en se sentant devenir eux-même œuvres d'art, promus par la situation muséale et l'influence du guide ou de l'institution officielle. Mais ce n'est pas de cette caricature qu'il s'agit avec Turrell. Presque prête à ranger rapidement ce que je vois dans une case « œuvre contemporaine superficielle à laquelle je n'adhère pas », un vacillement s'insinue dans mes pensées ou plutôt dans mes émotions. Du point de vue biologique, les cônes des cellules photoréceptrices au centre de ma rétine ont pris le temps de laisser la place aux bâtonnets éparpillés à la périphérie, mieux adaptés à la vision nocturne, et les trous noirs de mes pupilles se sont largement dilatés. Cette fois je ne vois plus un monochrome de plus après le Carré blanc sur fond blanc de Malévich, les monochromes de Rodtchenko, Miro, Fontana ou Yves Klein. J'avais jusque là perçu le rouge de Cherry dans un plan et prends enfin conscience d'une troisième dimension. Amusée ( et un peu vexée ) par la tromperie qui a bien fonctionné sur mon esprit plutôt matérialiste et sceptique, je m'approche... Vais-je oser le geste sacrilège, toucher l'œuvre ? C'est habituellement interdit pour une peinture. J'avance la main... introduis un bras dans l'œuvre... suis étonnée... troublée... réjouie par cette transgression et plonge dans cette matière-lumière... à la recherche d'une frontière.
Plus tard dans la soirée, après dégustation d'une soupe chaude sous une tente plantée dans le jardin du musée, attirée et happée inexorablement par la présence de Cherry à quelques pas, je retourne faire « l'expérience » de la lumière couleur. Cette fois je l'observe du fond de la pièce pendant de longues minutes, assise sur un banc judicieusement placé, avant de m'approcher à nouveau de la source de couleur. Abstraction à toucher. Immatérialité de la lumière devenue palpable. Bien-être et apaisement. Moment de contemplation. Je me colle au bord de cette « fenêtre d'Alberti » ouverte sur un monde infini qui est mien. Intense jubilation.
Ne serait-ce pas un de ces instants de bonheur qui participent d'un optimisme tellement nécessaire en ce temps d'hiver ? Un des moyens de se ressourcer pour pouvoir entamer une heureuse année ? De faire le plein d'une lumière qui diffuse ses bienfaits jusque dans l'hypothalamus enfoui au fond du cerveau, venant en aide à la lutte contre les pensées sombres ?
Merci Aude Cordonnier, Richard Schotte et l'équipe qui a mené cette réalisation à son terme. Vous nous offrez de merveilleuses impressions. Je compte profiter le plus possible de la lumière régénérante et de l'optimisme de Cherry jusqu'à la fin de l'exposition. Cherry, une 'aperture' aux dimensions variables, est une œuvre créée en 1998 par James Turrell, Galerie Almine Rech, Paris. L'installation du Musée des beaux-arts de Dunkerque s'insère dans l'exposition "Par delà la matière" qui se tient du 15 novembre 2008 au 18 janvier 2010. L'œuvre de Turrell y est présente jusqu'au 31 août 2009.
Rédaction et mise en ligne par Sabine Wetterwald le 24 janvier 2009, dernière mise à jour le 29 septembre 2009 Le programme 2008-2009 de Convivialité en Flandre : Lumières et couleurs du Nord, impressions et variations Commentaires (0)
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