Vermeer, Delft, la jeune fille à la perle et Victor Hugo Imprimer Envoyer

 

« L'art, c'est (déjà) le reflet que renvoie l'âme humaine éblouie de la splendeur du beau. »
Victor Hugo (1802 - 1885), Océan

Vermeer, 'Jeune fille à la perle'

Johannes Vermeer, Jeune fille à la perle, vers 1665,

huile sur toile, 46,5 x 40 cm, Mauritshuis, La Haye

 

Vermeer est différent de ses contemporains hollandais. Avec lui, la perfection est une énigme et la magie de ses scènes silencieuses nous subjugue.

Les adhérents de l'Association Convivialité en Flandre ont reçu ces jours-ci la proposition d'inscription au voyage en Hollande du 11 au 15 mai 2009 au cours duquel nous visiterons Delft, Harlem, La Haye, Leyde et Utrecht.

Nous verrons au Mauritshuis de La Haye ce portrait de la Jeune fille à la perle ainsi que deux autres tableaux de Vermeer.

La fameuse boucle d'oreille avec une perle a fait couler beaucoup d'encre. Saint François De Sales (1567-1622) donne son interprétation du sens symbolique des pendentifs de perles dans son Introduction à la vie dévote (1608), publiée dans une traduction néerlandaise en Hollande en 1616.

Le mystique rapporte que Pline avait déjà observé l'attirance des femmes pour ces pendentifs dans l'Antiquité car elles aiment le contact de la perle qui se balance sur la peau près de l'oreille. Il rappelle aussi l'épisode biblique selon lequel Isaac avait envoyé un bijou de ce type à la chaste Rébecca comme première preuve de son amour.

Vermeer, la perle

Il donne ainsi au pendentif en perle une signification spirituelle puisque la femme doit protéger son oreille des convoîtises de l'homme pour qu'il n'y entre que "le doux et aimable grillotis des paroles chastes et pudiques" et il associe le bijou aux perles orientales offertes par Isaac à Rébecca dans la Bible.

" Les dames tant anciennes que modernes ont accoutumé de pendre des perles en nombre à leurs oreilles, pour le plaisir, dit Pline, qu’elles ont à les sentir grilloter, s’en tretouchant l’une l’autre. Mais quant à moi, qui sais que le grand ami de Dieu, Isaac, envoya des pendants d’oreilles pour les premières arrhes de ses amours à la chaste Rébecca, je crois que cet ornement mystique signifie que la première chose qu’un mari doit avoir d’une femme, et que la femme lui doit fidèlement garder, c’est l’oreille, afin que nul langage ou bruit n’y puisse entrer, sinon le doux et amiable grillotis des paroles chastes et pudiques, qui sont les perles orientales de l’Evangile: car il se faut toujours ressouvenir que l’on empoisonne les âmes par l’oreille, comme le corps par la bouche. " (Troisième partie de l'introduction contenant plusieurs avis concernant l'exercice des vertus, Chapitre XXXVIII, Avis pour les gens mariés )"
Le coeur chaste est comme la mère perle qui ne peut recevoir aucune goutte d’eau qui ne vienne du ciel, car il ne peut recevoir aucun plaisir que celui du mariage, qui est ordonné du ciel; hors de là, il ne lui est pas permis seulement d’y penser, d’une pensée voluptueuse, volontaire et entretenue. " (Troisième partie de l'introduction contenant plusieurs avis concernant l'exercice des vertus, Chapitre XII, De la nécessité de la chasteté )

Vermeer devait avoir connaissance de ce texte de saint François de Sales, et la représentation de la perle est utilisée alors comme un symbole de chasteté. Le turban serait là pour accentuer le rapprochement avec le symbole biblique et Rébecca l'orientale, et le portrait pourrait avoir été peint à l'occasion du mariage de la jeune fille.

Le visage se détache sur un fond neutre très sombre, presque noir, un procédé que recommandait Léonard de Vinci pour accentuer l'effet tridimentionnel. Le rehaut de blanc sur la perle concentre la lumière provenant probablement de la fenêtre de l'atelier et Vermeer joue avec la sphéricité du bijou pour créer des reflets admirables. L'esthétique prime pour créer un microcosme dans une perle hautement symbolique.

Vermeer a représenté des pendentifs de perles dans d'autres tableaux comme chez cette Femme avec un luth près de la fenêtre (détail) conservé au Met de New York.

Tzvétan Todorov (Éloge du quotidien p. 125) écrit à propos du Collier de perles de Vermeer conservé à Berlin : "... il extrait (la femme) du monde réel pour la maintenir dans une sorte de royaume enchanté, cela fait que nous quittons à notre tour le monde représenté et nous installons avec volupté dans le tableau lui-même."

Cet article est dédié à Marie-France.

À lire ou cliquer :

  • AILAUD Gilles, BLANKERT Albert, MONTIAS John Michael, Vermeer, Paris, Hazan, 1986, trad. de l'américain par Fabienne Pasquet et Daniel Arasse. Une monographie éclairant "l'œuvre sans doute la plus méditative de toute l'histoire de la peinture occidentale" : des points de vue ouverts provenant de plusieurs disciplines ;
  • TODOROV Tzvétan, Éloge du quotidien. Essai sur la peinture hollandaise du XVIIe siècle, Seuil, Points-Essais, 1993, 1997 ;
  • CHEVALIER Tracy, La Jeune fille à la perle, Gallimard, Folio, 2002 ou la bande-annonce du film éponyme de Peter Webber sorti en 2004 ;
  • Mon site préféré sur Vermeer (en anglais), Essential Vermeer ;
  • Le Nocturne No 2 de Chopin, des images du film La jeune fille à la perle et des peintures de Vermeer.

Rédaction et mise en ligne par Sabine Wetterwald le 22 décembre 2008,
actualisation le 3 mai 2010
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