Fiche d'Histoire de l'Art n°5 - Pieter Aertsen, la voie ouverte à une nature morte indépendante Imprimer Envoyer

Pieter Aertsen, 'Une Fête de paysans'

Fiche d'Histoire de l'Art n°5

 Pieter Aertsen  (1508-1575)

La voie ouverte à une nature morte indépendante

par Claire Vanden-Bossche, étudiante en Licence 3 d'Histoire de l’art à Lille 3

Des bribes de biographie

       Pieter Aertsen dit « Lange Pier » (Pierre le Long) du fait de sa grande taille, naît en 1508 à Amsterdam. Fils d’artisan, il suit une première formation auprès du portraitiste Allaert Claesz, d’après le peintre et écrivain flamand Carel Van Mander ( 1548-1606 ) dans  Het Schilder-Boeck (ou Livre des peintres) en 1604. 
Il  quitte sa ville natale pour s’installer à Anvers après 1530.  Initialement hôte de Jan Mandijn (1500-1559), peintre de diableries et disciple de Jérôme Bosch (vers 1450-1516), Pieter Aertsen est admis en tant que maître au sein de l’école anversoise en 1535.
       En 1542, il épouse Kathelijne Beuckelaer, tante de Joachim Beuckelaer (1534-1574), lequel deviendra son élève, héritier d'un style original. Bourgeois d’Anvers, il travaille principalement avant 1566 pour les églises de Brabant et de Hollande à des compositions religieuses (ayant pour la plupart disparues au cours de la vague iconoclaste). Ces entreprises lucratives, lui permettent en 1547 d’acquérir la Maison « Vlaanderen » sur le Marché-aux-bœufs d’Anvers et en 1550, la Maison « Brabant » non loin de la première.  Gardant ses propriétés d'Anvers, il revient à Amsterdam en 1557 avec son épouse et leurs trois fils. Pieter, Aert et Dirck  s’inscriront en tant que peintres à leur tour.
       Le parcours de Pieter Aertsen est traçable de 1543 à 1571 par une série d’œuvres datées et signées de ses initiales entourant un trident (allusion aux villes portuaires d’où il vient ou au peigne à carder qu’utilisait son père dans sa profession).  Il meurt à Amsterdam en 1575.

    Une biographie détaillée par Leen Huet sur le Dictionnaire des peintres belges.

Pieter Aertsen, 'Une Fête de paysans'
 Fig. 1 - Pieter Aertsen, Une Fête de paysans, 1550, 0,85 m x 1,71 m, Kunsthistorisches Museum, Vienne

L'histoire de son temps

        Au XVIe siècle, de grands bouleversements d’ordre politique et religieux voient le jour. Avec les extorsions religieuses, le fossé  se creuse entre fidèles et hommes d’église. Le Concordat de 1516  laisse au roi le libre choix de désigner les représentants de son Église - qu’ils soient ou non capables de soutenir une discussion théologique.  Ces éléments contribuent à l'émergence de la Réforme avec les grands penseurs tels Martin Luther et Jean Calvin.
        Martin Luther est le premier grand réformateur. Il entend ramener les croyants sur un chemin plus vertueux en accord avec la parole de Dieu. Il propose ses 95 thèses en 1517, dénonçant les abus des indulgences de l’Église : par l’aumône, elles promettent la pénitence et le salut divin aux fidèles. Le Nord compose le premier noyau dur des idées réformatrices qui s’étendent aux Pays Bas dès le milieu du XVIe siècle. L’Église catholique de Rome est marquée par de successives guerres de religions. Les Réformés profitent de cet affaiblissement pour s’affirmer et influencer le bas peuple et les orientations artistiques. Ils condamnent les représentations liturgiques, l’idolâtrie présentant, à leur sens, une survivance du paganisme. Le rôle des images est réaffirmé à la dernière session du Concile de Trente (1545-1563) si elles permettent l’édification des fidèles par le respect des textes liturgiques.
     Aux Pays-Bas, la situation de crise politique, économique et religieuse fait éclater les révoltes dès 1566 - dont celle des Gueux - dans un vaste mouvement iconoclaste. En 1579, les Pays-Bas se trouvent divisés entre catholiques au sud et protestants au Nord.

Pieter Aertsen, 'La Laitière'

Une œuvre traçable de 1543 à 1571

     L’œuvre de Pieter Aertsen est connue de 1543 à 1571 par des panneaux datés et signés. Peu de temps après son arrivée à Anvers, le peintre reçoit bon nombre de commandes religieuses ; sa production est majoritairement détruite lors de la crise iconoclaste de 1566 et l'étude de ses travaux en est rendue lacunaire. Les panneaux les  plus représentatifs ont été choisis afin de mieux appréhender ce peintre original.

 

Fig. 2 - Pieter Aertsen, La Laitière, 1543, huile sur bois, 0,90 m x 0,64 m, Palais des Beaux-Arts, Lille

     La Laitière de Pieter Aertsen est le plus ancien tableau daté connu. Il reflète son goût pour les grandes figures et  les natures mortes qui occupent une place importante dans ses compositions. Le cadrage serré montre une volonté de valoriser les « petites gens » et les denrées qui les accompagnent avec un grand réalisme et une identité nationale forte. Certains motifs seront réemployés dans d'autres travaux comme ce panier d'œufs qui figure aussi dans La Danse aux œufs (voir plus bas).
     L' attitude raide de la femme dénote une certaine maladresse : elle semble absente et manque de profondeur en opposition au visage fort, vivant et parlant.

     La marque du peintre avec le trident en forme de peigne de cardeur a disparu avec le temps.

Fig. 3 - Pieter Aertsen, Le Retour d’un pèlerinage à saint Antoine, vers 1550, huile sur bois, 1,70 m x 1,10 m, Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles

      Cette scène d'extérieur dynamique foisonne de détails. Dans un paysage associé à des réjouissances profanes, des gens du peuple sont représentés très clairement au premier plan.
     Villageois, paysans, mendiants, enfants... en désordre s’agitent, à travers des attitudes stéréotypées et raides. Le réalisme des figures vient en discordance avec les corps. Un fort éclairage et des couleurs fermes et variées caractérisent l'avant plan. Il tranche avec l'arrière plus feutré illustrant un sujet moins frivole : le retour d’un pèlerinage à saint Antoine.
     La partie religieuse - sujet principal de l'œuvre - est déportée au fond du tableau dans une atmosphère plus solennelle et mystique. Lors de la procession à saint Antoine, la statue du saint flanquée du Tau et d’un porc est portée en pèlerinage. Pieter Aertsen usera souvent du procédé qu’il est l’un des premiers à exploiter : il relègue le sujet principal religieux au second plan, laissant place à une foule d’anecdotes ou de grandes natures mortes.  

Pieter Aertsen, Le retour d’un pèlerinage à saint Antoine

Le nouveau style du peintre

Pieter Aertsen, 'L’Étal du boucherie'

     Cette œuvre illustre bien le style que va développer le peintre. 

Fig. 4 - Pieter Aertsen, L’Étal de boucherie, 1551, huile sur bois, 1,23 m x 1,67 m, Musée Gustavianum, Uppsala

     Au premier plan une nature morte monumentale constituée de viandes, carcasses, victuailles, animaux sans vie, écorchés ou conditionnés,  attirent l’œil du spectateur par leur encombrement. Les matières et textures des aliments sont rendues avec une véracité extrême et un éclairage brutal. Ils en deviennent fascinants, presque palpables, et accentuent la forte symbolique du sujet essentiel de l’œuvre relégué en arrière-plan. Le malaise déjà éprouvé devant tant de nourriture, est renforcé.
      Au fond, Marie sur son âne offre du pain à des enfants mendiants. Sacré et profane, matériel et spirituel, sont mis en opposition.

        Le thème religieux se fait discret et appuie une trame moralisatrice qui dénonce avec l’aide de « vanités », la cupidité des hommes et la précarité des biens terrestres.  La réflexion du spectateur est sollicitée par cette lecture à double sens. Avec ce nouveau style, Pieter Aertsen ouvre la voie au développement de la nature morte comme genre indépendant.

Fig. 5 - Pieter Aertsen, Le Christ dans la maison de Marthe et Marie, 1552, huile sur bois, 0,60 m x 1,015 m, Kunsthistorisches Muséum, Vienne

     La nature morte de premier plan occupe les deux tiers de la composition. Elle est peinte avec grand soin. Divers objets " de luxe " entassés, annoncent les vanités qui seront développées au XVIIe siècle. La scène biblique disposée à l'arrière-plan illustre l’épisode des sœurs de Béthanie, Marthe et Marie (Évangile selon saint Luc). Les attitudes sont à nouveau statiques et les objets toujours plus vraisemblants. Leur instabilité au premier plan crée un certain malaise, mais l'œil du "regardeur" est rapidement attiré à l'arrière gauche de l'image car Pieter Aertsen fait converger les lignes de fuite sur le Christ. Ce parti pris est à mettre en relation avec le récit biblique qui correspond bien à la veine moralisatrice exploitée par le peintre :

   Aertsen, 'Le Christ dans la maison de Marthe et Marie', 1552

      Marie aux pieds du Seigneur choisit la raison et Marthe s'affairait à un service compliqué. Elle survint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma soeur m'ait laissée seule à faire le service ? Dis-lui donc de m'aider. »  Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et t'agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. C'est bien Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. » (Luc 10, 38-42 selon la TOB).

      Une autre version de Pieter Aertsen, Le christ chez Marthe et Marie, 1553, est conservée au Musée Boymans Van Beuningen à Rotterdam.

La scène de genre

       Pieter Aertsen se renouvelle et remplace ses compositions à deux plans distincts avec nature morte monumentale par une scène de genre. Avec cette Danse aux œufs, il laisse une plus grande place aux personnages.

       Fig. 6 - Pieter Aertsen, La Danse aux œufs, 1557, huile sur bois, Rijksmuseum, Amsterdam

     Toujours la même attention aux détails réalistes et une forte attache à la culture des Anciens Pays Bas. La fête a lieu dans une auberge ou un intérieur paysan. Le peintre exploite et dénonce le rapport de l’Homme avec les denrées et les plaisirs terrestres. Les aliments sont jetés au sol et piétinés au cours de réjouissances profanes : le danseur doit éviter les fleurs répandues sur le carrelage en laissant l'œuf intact. Une tâche rendue difficile par l'emprise de l'alcool...

    Le goût amer laissé au spectateur pourrait bien l’amener vers plus de spiritualité. Une analyse de La Danse aux œufs est proposée sur le site Webmuseum.

Pieter Aertsen, 'La Danse aux œufs'

        L'habituelle nature morte de premier plan cède sa place à une scène de marché en extérieur, un thème que Pieter Aertsen exploitera largement à travers son oeuvre. Il s’inspire de scènes réellement observées puisque ses deux résidences d’Anvers donnent sur la Place du marché. Marchands flamands au premier plan, scène religieuse au second entre paysage et architecture, d'après l'Évangile selon saint Jean (VIII) :

Pieter Aertsen, 'Le Christ et la femme adultère'
          

Fig. 7 - Pieter Aertsen, Le Christ et la femme adultère,  1559, huile sur bois, 1,22 m x 1,77 m, Städelsches Kunstinstitut, Frankfort

     « Jésus se rendit à la montagne des oliviers. Mais, dès le matin, il alla de nouveau dans le temple, et tout le peuple vint à lui. S'étant assis, il les enseignait. Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère ; et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus : Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : Toi donc, que dis-tu ? Ils disaient cela pour l'éprouver, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus, s'étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l'interroger, il se releva et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. »

        Aertsen organise le sujet en respectant fidèlement les écritures.

       La scène biblique fusionne avec la scène de genre du premier plan par un ensemble de tons rompus, une unification à travers la lumière diffuse et par l’attitude et les regards des personnages qui ne semblent pas ignorer totalement ce qui se passe derrière eux.  La gêne des marchands est visible :  ils se savent pécheurs. Toujours la trame moralisante du peintre.

Un emprunt à la littérature classique italienne

 

Fig. 8 - Pieter Aertsen, La Cuisinière, 1559, huile sur bois, 1,275 m x 0,82 m,

Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles

       Ce portrait monumental accompagné d’une nature morte de premier plan est bien différent des tableaux précédents.

     Une cuisinière flamande vue de profil s’affaire parmi divers aliments et ustensiles de cuisine. Sous un éclairage fort faisant éclater les couleurs tranchées, elle se tient devant une cheminée sculptée qui rappelle les ordres définis par Sébastiano Serlio dans Sette libri dell’architettura - un traité inspiré du De architectura de Vitruve - traduit par Pieter Coecke van Aelst en néerlandais en 1539. Pieter Aertsen avait dû prendre connaissance de cet ouvrage car il choisit de représenter un ordre dorique pour l’entablement de la cheminée comme il l’avait déjà fait dans Le Christ chez Marthe et Marie en 1553.

     Aertsen a pu prendre modèle sur la gravure de 1549 représentant une cheminée parue dans la traduction de van Aelst. La date de réalisation de l'œuvre figure en lettres sculptées dans le marbre.

       Le sujet religieux semble absent mais le spectateur du XVIe siècle assimile la jeune femme à Marthe du récit évangélique de saint Luc. La mise en garde contre les plaisirs de la chair et les faiblesses humaines est sous-jacente.

    
Aertsen, 'La Cuisinière'
Aertsen, 'La Marchande de légumes'
   

Fig. 9 - Pieter Aertsen, La Marchande de légumes, 1567, Musée Staatliche, Berlin

 

     Cette très belle composition laisse un champ large à une nature morte monumentale exécutée avec une précision extrême dans le rendu des matières et textures. Couvrant l’avant du tableau, les fruits et légumes l'occupent dans sa quasi totalité. Déployés sur la robe de la marchande, ils semblent fusionner avec elle. Une grande poésie se dégage de cette scène de marché.


    Cependant le couple s’embrassant en arrière-plan ajoute un sens moral. Par cette anecdote, le regard perdu de la jeune marchande et ses bras grands ouverts peuvent prendre une autre dimension : sans agressivité pour le spectateur, le peintre dénonce par l’abondance ce qu’il souhaite critiquer. Il met en garde le spectateur contre les plaisirs physiques de toutes sortes.

Fig. 10 - Pieter Aertsen, Les Miracles des apôtres Pierre et Jean, 1575, huile sur bois, 0,55 m x 0,76 m, Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

 

     En fin de carrière, Pieter Aertsen revient aux petites figures de ses débuts, comme dans cette Scène de marché réalisée 25 ans plus tôt (1550, huile sur bois, 0,595 x 1,225 m, Alte Pinakothek, Munich). Pour cette œuvre - l'une des dernières datées - les attitudes des personnages sont plus fluides. Ils s'intègrent davantage à la scène et semblent plus vivants. 
   Aertsen, 'Les Miracles des apôtres Pierre et Jean'

Une mise en perspective

            L’œuvre varié de Pieter Aertsen introduit un élargissement iconographique et une expansion de la peinture profane aux Pays-Bas. Il participe aussi au déploiement de la nature morte qui deviendra un genre autonome au cours du XVIIe siècle en Europe. Aertsen est influencé par le Maniérisme italien : déformation des corps, tons acides et crus, recherche de mouvement ou de symboles, sont autant de signes propres à ce courant, bien qu'un peu étouffés par un réalisme fort et une identité nationale. Ces influences correspondraient au voyage que fit Jan Gossart à Rome en 1509. Les tapisseries commandés par le pape Léon X au lissier bruxellois Pierre Van Aelst d'après les cartons de Raphaël à la même époque, ont dû aussi jouer un rôle.

            Aertsen emptunte aussi ses références à ses aînés :

           Chez Marinus Van Reymerswaele (v. 1490-1546), il prend le rendu des textures et l’éclairage brutal. Ce panneau des Deux Collecteurs d'impôts peint vers 1540 et conservé à la National  Gallery de Londres  en témoigne.

           Il s'approprie chez Jan Van Amstel (1500-1542) dit « le monogrammiste de Brunswick »  les petits personnages et les compositions désordonnées comme dans  La montée au calvaire peint vers 1500-1540 et conservé au Louvre.        

Van Hemessen, 'Scène de bordel avec la parabole du fils prodigue'
 
 Fig. 11 - Jan Sander van Hemessen, Scène de bordel avec la parabole du fils prodigue, 1536, huile sur bois de chêne, 140 x 198 cm, Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles

    La dette envers Jan Sander van Hemessen (1500-1556) est plus discutable mais séduisante. Bien que de style plus maniériste, cette scène de bordel pourrait avoir inspiré Aertsen par son "étalage de prostituées" à rapprocher de l'exposition des "pièces de viande" de L'Étal de boucherie de 1551 (voir Fig. 4).

      Van Hemessen dispose ses prostituées dans une superbe loggia italienne de style Renaissance, tandis qu'Aertsen, fidèle aux Pays-Bas, installe les pièces de viande dans une architecture en bois de sa région, tandis que le paysage à l'arrière du tableau s'ouvre aussi bien chez van Hemessen que chez Aertsen sur une discrète scène religieuse.  

            Mais restons prudents, aucun texte ne permet de confirmer qu'Aertsen a pu voir le tableau de van Hemessen. 

             Des contemporains de Pieter Aertsen ont opté pour les apports maniéristes de la peinture italienne. Jacob Grimmer (1525-1590) s'épanouit par la peinture de paysage et Frans Floris (1520-1570) développe le genre historique ou mythologique.

          Joachim Beuckelaer (1534-1574), neveu et élève d'Aertsen -  l’un des seuls à puiser fidèlement dans le registre de son maître - lui emprunte son goût pour le portrait de personnages réalistes, la profusion de détails et de victuailles, et la composition à double lecture. Là aussi le sujet essentiel de petite taille disposé à l'arrière-plan est presque masqué par de monumentales  natures mortes comme dans La cuisine bien achalandée peint en 1566 et exposé au Rijksmuseum d'Amsterdam. Dans cette cuisine imaginée par Beuckelaer, une cheminée à volutes doriques ressemblant à celle peinte par son oncle Aertsen en 1559 (voir Fig. 8),  guide par des lignes de fuite notre regard vers la scène biblique de Jésus avec Marthe et Marie prenant place sous une galerie d'arcades en plein cintre à pilastres cannelés. Le peintre conserve la tradition familiale et y insère les nouveautés italiennes.

           Pieter Aertsen fut longtemps mal connu. Grâce au Hollandais Carel Van Mander au XVIIe ou à l'Allemand Johann Sievers au XXe, on le voit  désormais comme le précurseur de la nature morte en tant que genre autonome aux Pays Bas et on le compare plus facilement à Pieter Bruegel (v. 1525-1569) qui développa comme personne, la peinture de genre.  L’œuvre majeure de Pieter Aertsen offre aux Anciens Pays Bas de nouveaux horizons pour le XVIIe siècle. 

 

       Claire propose de lire :

  • GENAILLE Robert, L’art flamand, Les neufs muses, 1965 ;
  • LANEYRIE-DAGEN Nadeije, Dans l’intimité des œuvres, Larousse 2006 ;
  • ZUFFI Stefano, Petite encyclopédie de la peinture, Solar 2004 ;
  • SCHMIDT Albert-Marie, Jean Calvin et la tradition calvinienne, Seuil, 1957.
    

    Sabine propose de lire et cliquer : 

  • FALKENBURG Reindert L., "Pieter Aertsen, Rhyparographer" ("Pieter Aertsen, rhyparographe"), 1995, un article en anglais écrit par un spécialiste de Aertsen : 21 pages avec illustrations N&B au format pdf,. Falkenburg évoque les expériences d'Aertsen comme peintre en rhyparographie (du grec  ῥυπαρὸς = sale, trivial, commun) un terme que l'on employait déjà en Grèce à l'époque du peintre Piraïkos pour décrire la représentation d'objets humbles et triviaux - comme les victuailles - dans les peintures de chevalet ou les fresques antiques. Aertsen, réinventeur du genre de la nature morte comme genre indépendant au XVIe siècle, utilise un mode d'expression picturale associé à la figure rhétorique de « l'éloge paradoxal » ("paradoxical encomium"), remise au goût du jour aux Pays-Bas par les chambres de rhétorique et la sortie de l'Éloge de la folie d'Érasme ; téléchargeable (sans pub) depuis le site de l'Université de Leyde
  • On parle aussi de rhyparographie et de l'origine de la nature morte dans l'article « La nature morte - Un parcours au musée des Beaux-Arts de Rouen  », un pdf de 8 pages ;
  • HOUGHTON Charlotte, « This was tomorrow: Pieter Aertsen's Meat Stall as contemporary art » ("C'était demain : L'Étal de boucherie de Pieter Aertsen, un art contemporain"), in The Art Bulletin, June, 2004. L'article est numérisé sur 37 pages et accessible gratuitement sur Bnet, le site de la Business Library sponsorisé par la pub ;
  • SULLIVAN Margaret A., « Aertsen's kitchen and market scenes: audience and innovation in northern art » ("Les scènes de cuisine et de marché d' Aertsen : réception et innovation dans l'art nordique"), in The Art Bulletin, June, 1999, numérisé aussi sur Bnet ;
  • L'accès aux représentations d'Aertsen dans plusieurs musées sur Artcyclopedia.

Rédaction par Claire Vanden-Bossche, étudiante en Licence 3 d'Histoire de l’art à l'Université de Lille 3, été 2008

Relecture du texte, liens et mise en ligne par Sabine Wetterwald le 23 novembre 2008,

dernière actualisation le 6 janvier 2009

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