Fiche d'Histoire n° 4 - Les fondations hospitalières à Dunkerque Imprimer Envoyer

Sur les traces de l’hôpital Saint-Julien

Bref historique


Le mot hôpital vient du latin hospitalis : hospitalier où les hôtes : les malades, les pauvres, les voyageurs et les pèlerins trouvaient asile dans un espace. Des communautés de frères et sœurs y pratiquaient les vertus de charité et d’hospitalité.
Ces maisons hospitalières étaient appelées : hôtel-dieu, asile, hospice, hôpital ou gasthuys en Flandre et doivent leur nom à leur saint patron.
Dans le courant du 13e et 14e siècle, à l’époque du règne des comtesses Jeanne et Marguerite de Constantinople et de Flandre sont développées dans les villes de nouvelles fondations de bienfaisance pour accueillir les indigents.  Ces institutions sont alors dirigées par les magistrats.

Charité du Saint-Esprit/Table des pauvres

Gravure de Vedastus de Plouich. DuynkerckenVers 1200 est fondée la « commune » de Dunkerque.  Le 29 juillet 1218, la Comtesse Jeanne de Flandre et de Constantinople confirme les privilèges accordés à Dunkerque.
La première mention d’une institution charitable à Dunkerque se trouve dans le testament de Marguerite de Constantinople, Comtesse de Flandre, dicté en novembre 1273.  Elle lègue quelques ‘V sols’ à  la Chariteis dou saint Esperit. Et le 24 novembre 1273, Adam de Mardike, clerc, léguait ‘V sols’ à la Table des Pauvres de Dunkerque.

Ces deux testaments nous fixent sur l’existence vers 1270 du Premier établissement de Bienfaisance : Une charité du Saint-Esprit nommé plus tard la Table des Pauvres.
En 1273  toutes  les  communes  de la  Flandre avaient une
Table des Pauvres, dirigée par un Maître désigné par le Magistrat.
Cette Institution de Bienfaisance se confondit dans le Nouvel Hôpital Saint Julien le 18 décembre 1691, s’en sépara par la suite et fut définitivement constituée par la loi du 7 Frimaire an V (27/11/1796) sous le nom de Bureau de Bienfaisance.
Elle a continué à fonctionner avec le même esprit et dans la même forme : l’assistance à domicile et la distribution de secours en nature par les Bureaux de Bienfaisance, à présent appelés  C.C.A.S. (Centres de Coordination d’Action Sociale).

 

Hôpital Saint-Jean & Hôpital Saint-Julien


Entre 1273 et 1328  auraient été édifiées deux maisons hospitalières :  l’hôpital Saint-Jean, asile de vieilles femmes, situé contre les remparts de la ville, et une Maison des Vieillards infirmes. L’hôpital Saint-Jean serait la plus ancienne maison. Ces deux maisons hospitalières étaient desservies par les frères et soeurs de la Charité.
Vers 1377, on commença la construction de l’église Saint-Eloi.
Vers 1430, l’hôpital Saint-Jean disparut lors d’un incendie en même temps que l’église paroissiale à laquelle il était contigu.
La Maison des Vieillards infirmes, située rue Saint-Julien fut détruite en partie.
Vers 1450 auraient été construites la tour et une nouvelle église Saint-Eloi accolée à la tour sur le terrain de l’hôpital Saint-Jean.
Aussi vinrent s’installer plusieurs communautés religieuses au cours du 15e siècle, la première arriva en 1426.

 

Premier hôpital Saint-Julien


En 1452  fut fondé par le Magistrat de Dunkerque  l’hôpital Saint-Julien, en se servant des biens  restés des ruines des deux maisons hospitalières détruites. L’hôpital fut construit sous l’invocation de Saint-Julien l’hospitalier et approprié pour le soulagement et l’entretien des pauvres.
Il fut dirigé par deux administrateurs/notables nommés chaque année par le Magistrat.  David de Bourgogne, évêque de Thérouanne  fit venir de l’hôpital du Haut-Pont de Saint-Omer quatre religieuses appartenant à la règle du Tiers Ordre de Saint-François pour diriger l’hôpital sous l’autorité du curé de Dunkerque.

L’hôpital Saint-Julien deviendra ainsi le seul établissement  où devront être reçus et soignés les malades, les pauvres infirmes et incurables de la ville.

Le fronton de la porte cochère de la maison de l'armateur, 15 rue Faulconnier, représente saint Julien dans une barque en compagnie de deux voyageurs.En 1558 la ville est pillée par les troupes françaises du Maréchal Thermes. L’église Saint-Eloi est incendiée, il ne reste que la tour appelée beffroi de nos jours. Une grande partie de l’hôpital est réduite en cendres. 
En 1561 la peste n’épargne pas Dunkerque.  Les sœurs de l’hôpital doivent soigner leurs malades et relever les cadavres dans les rues et celliers.
Le calme revenu les fortifications seront renforcées, l’hôpital, l’hôtel de ville reconstruits. L’église Saint-Eloi est agrandie sur un plan à 5 nefs.


En 1617 les bâtiments à gauche de l’église de l’hôpital Saint-Julien sont agrandis.  La ville compte alors environ 5.000 habitants.
En 1665, les religieuses, devenues de plus en plus nombreuses avaient transformé l’hôpital en un véritable couvent, obtinrent du Magistrat l’autorisation de se cloîtrer et prirent le nom de tertiaires franciscaines dites Pénitentes de Sainte-Elisabeth.

 

Le couvent et l’église des Pénitentes au 17e siècleElles occupèrent alors à leur profit, l’église,l’hôpital et le couvent  entre la rue Saint-Julien/des Pénitentes, (rue Faulconnier n° 17 à 27) la rue des Pierres (rue Maréchal French) et la rue de la Hollande (le quai des Hollandais), sur un superficie de 2.262 mètres carrés.
L’hôpital étant situé hors de la clôture, se trouvant distinct du couvent, ne fut plus pour elles qu’une annexe  peu importante au grand dam du Magistrat.  Les hostilités contre la congrégation hospitalière commencèrent en 1682. L’hôpital s’était réduit à 2 ou 3 petites chambres pouvant à peine contenir dix à douze lits alors que les pauvres représentaient presque le tiers de la population.  Le surplus servait au traitement de marins blessés en course moyennant un prix de journée. En 1689 le Magistrat dut recourir aux Maîtres de la Table des Pauvres pour faire traiter les malades indigents dans des maisons particulières louées rue des Vieux Quartiers. Ils demandèrent la restitution des biens et privilèges accordés qui ne profitaient plus aux indigents mais à la communauté religieuse.  Le procès administratif  perdura jusque 1751.
En 1755, les religieuses durent restituer les biens des Pauvres mais conservèrent leur couvent Saint-Julien avec la faculté de n’accueillir plus que des pensionnaires et de soigner des malades et marins étrangers sans distinction de religion.
L’ancien hôpital Saint-Julien continua à fonctionner comme hôpital particulier jusqu’à la Révolution : 36 lits étaient affectés.
Il aura fonctionné pendant près de trois siècles.

Sceau de l'Hopital de Saint-Julien Un tableau de l’école flamande représentant sur l’une de ses faces Saint-Julien tenant la croix épiscopale et sur l’autre Abraham tenant le glaive levé sur Isaac se serait trouvé jusque 1880 à l’hôtel de ville pour être transféré ensuite au Musée de Dunkerque (d’après Louis Lemaire, 1909).

Les biens du couvent furent confisqués en 1791. En 1792 les religieuses quittèrent le couvent qui fut vendu en 1794 comme bien national.  Une grande partie  vendue pendant la Révolution fut démolie, une grande maison particulière la remplaça où une nouvelle communauté  religieuse fut installée.  Le reste fut dévolu aux Hospices.
L’autre partie du couvent primitif servit  d’école (Institut
Fénelon). L’église servit d’entrepôt jusqu’à sa démolition dans la 1ère moitié du 20ième siècle.

Le nouvel hôpital Saint-Julien - L’hôpital Général de la Charité

 

La tour de guet restaurée de l’hôpital

En 1690 le Magistrat imposa la création d’un hôpital général, et acquit une grande maison sur un terrain de 3.427 m2, à l’angle des rue des Vieux Quartiers (rue Président Poincaré) et des Vieux Remparts (rue Henri Terquem) pour y installer le nouvel hôpital Saint-Julien, dirigé par les Maîtres de la Table des Pauvres.
Des bâtiments complémentaires se rajoutèrent progressivement : en 1702-1703 le Rasphuys, maison de correction pour des femmes de mauvaise vie ; ensuite divers agrandissements en  1712, 1734, 1737, 1785 et 1787.L’hôpital Général de la Charité vers 1895
Le Nouvel hôpital Saint-Julien, formant un grand quadrilatère avec cour centrale borné par les rues des Vieux Quartiers, des Vieux Remparts, d’Anjou (rue Jean Bart) et les maisons particulières de la rue du Château est érigé en 1737 en Hôpital Général de la Charité par lettres patentes accordées par Louis XV pour recevoir malades et blessés, vieillards, infirmes, insensés, enfants abandonnés, vagabonds, mendiants, filles de mauvaise vie, etc.  800 pauvres peuvent y être enfermés : l’assistance répond à la question du grand enfermement et devient un instrument d’encadrement social : car il serait beaucoup plus important de travailler à prévenir la misère qu’à multiplier les asiles aux misérables.
Au 19ième siècle le soin des malades devint progressivement prééminent ; la fonction caritative fut reléguée au second plan. Ceci mena à la scission entre d’un côté les hôpitaux (accueil d’indigents malades) et de l’autre côté les hospices (hébergement des gens vieillards, infirmes, orphelins, incapables d’assurer leur subsistance).
Les bâtiments étant vétustes, de nouvelles exigences de l’hygiène et de l’assistance publique s’imposent. En 1891 la ville se dote d’un Hospice Civil à Rosendael.
Suite à l’accélération de la médicalisation  est achevé en 1896
à Rosendael le nouvel hôpital de Dunkerque accueillant les malades non indigents.
L’hôpital Général de la rue des Vieux Quartiers a existé plus de 200 ans.  Les bâtiments ont été démolis de 1902 à 1910. A cet emplacement ont été édifiés l’hôtel des postes et le collège de jeunes filles Lamartine.
Or un corps d’une cruche en grès portant le millésime 1585 aurait été trouvé lors d’un chantier. Cet objet a été déposé au Musée de la Ville d’après Louis Lemaire.
L’autel et le tabernacle, de 1735 en partie, élevé dans l’église Saint-Eloi proviendraient de la chapelle de l’Hôpital Saint-Julien  d’après Christine Harbion.

Fiche rédigée par Agnes Réant-Rosseel pour  Convivialité en Flandre en novembre  2005.

À Cliquer

Bibliographie

  • Ruyssen M.A., Etude historique Hospice civil. Mémoires de la Société Dunkerquoise, 1900 & 1902
  • Lemaire Louis, Les anciens hôpitaux de Dunkerque. Mémoires de la Société Dunkerquoise, 1909
  • Lemaire Louis, Histoire de Dunkerque - des origines à 1900. Nord Maritime, Dunkerque, 1927
  • Tillie Jacques, Dunkerque en Flandre, Kim, Dunkerque, 1979-1981

  • Porhel Jean-Louis, Oger-Leurent Anita, Collectif, Dunkerque, Dunes, briques et béton, Cahier du Patrimoine. Asso C. Dieudonné Lille, 1995
  • Harbion Christine, Chronique des Monuments Historiques, "L'autel et le tabernacle de l'ancien hôpital", Revue Historique de Dunkerque et du Littoral, Spécial Patrimoine & Religion, 2005.

 



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