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Expos à Bruxelles : 'Vinci, génie européen', et 'Le Grand Atelier, Chemins de l'Art en Europe
2 - Un commentaire détaillé de l'expo
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L'expo 'Chemins de l'art en Europe'

16 octobre 2007

Une exposition au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles

 

2 - Le Grand Atelier. Chemins de l'art en Europe (Ve - XVIIIe siècle)


Les détails des images de cette page sont créés par Sabine Wetterwald d'après les photos téléchargeables mises à disposition en très haute résolution sur le site Europalia.Europa qui détaille le festival, avec cette exposition "phare" de la rentrée 2007. Régalez-vous avec 33 visuels compressés d'œuvres à télécharger ! Le site 123Savoie offre une courte présentation du festival.

Après avoir vu le matin l'exposition Leonardo Da Vinci, le génie européen, nous débutons l'après-midi au Bozar - le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles - pour une visite guidée de cette exposition européenne organisée jusqu'au 20 janvier 2008 à l'occasion du festival Europalia.

Pas de cartels dans les trois langues qui auraient alourdi l'exposition, mais les œuvres seules dans des vitrines largement ouvertes pour privilégier le regard. Un petit livret est proposé à l'accueil pour vous accompagner pendant la visite.

Un éblouissement avec près de 350 chefs-d’œuvre de la culture européenne en provenance de plus de 150 musées ! Une belle opportunité pour mesurer et apprécier l’espace européen de l’art où circulent hommes et objets d'art.

Roland Recht, commissaire de l'exposition, Professeur au Collège de France, choisit un angle original et stimulant pour mettre en parallèle des œuvres qui n'ont jamais été rapprochées. Il ne s'agit pas d'une mais plutôt de quatorze expositions autour de thèmes qui éclairent judicieusement l'art du passé.

Peintures, gravures, sculptures, bijoux, manuscrits mais aussi témoignages des hommes qui ont marqué l'art de leur temps - Vitruve, Da Vinci, Dürer, Titien, Rubens, Poussin - sans oublier les grands orfèvres celtes et mosans, regroupés dans différentes "chambres" selon les thématiques abordés.


Le grand Atelier
XIV-13,
Giovanni Paolo Panini, vers 1749, huile sur toile, 48 x 64 cm,Intérieur de la Galerie du cardinal Silvio Valenti Gonzague,Wadsworth Atheneum Museum of Art, Hartford, Connecticut

Nous passons un merveilleux moment, à la fois didactique et attractif.

Même si le choix est difficile, je tente d'illustrer par une œuvre significative quelques-unes des quatorze sections déployées au Musée. Avant d'écrire chaque texte explicatif, relecture du catalogue, des textes importants sur les œuvres, et je remets le nez avec plaisir dans certains cours d'Histoire de l'Art de Lille3 en y ajoutant quelques comparaisons ou pistes de recherches personnelles.

 

Chambre 1 : " L'Europe en mouvement "

 

À la fin de l'Empire romain (476), d'importants mouvements migratoires ont lieu en Europe, et les peuples "barbares" s'installent dans l'ouest de cette "Europe".

Grégoire le Grand tente de les unir dans l'Église. Les premiers Livres peuvent voyager facilement et servent de véhicule à l'expansion du christianisme. C'est dans les scriptoria - les ateliers des abbayes - qu'ils sont rédigés, copiés, puis enluminés.

Le livre de Dimma

Ms. A.4.23, folio 104, "L'Évangéliste Jean", Évangiles dits Livre de Dimma, milieu du VIIIe siècle

 

L'Irlande connaît la religion chrétienne avant l'Angleterre et la vie contemplative du monachisme s'y développe. Ci-contre, le folio 104 des Évangiles dits Livre de Dimma, "édité" en Irlande au milieu du VIIIe siècle et conservé à la Trinity College Library de Dublin. C'est un petit évangéliaire sur parchemin de 17,5 x 14,2 cm qui peut se transporter dans une poche. Vous pouvez voir trois autres images du Livre de Dimma.

Le portrait de Jean est représenté par son symbole associé au Tétramorphe de la vision d'Ézéchiel, l'Aigle, que l'on ne reconnaît que par la tête et les pattes. Les ailes se courbent vers les angles du cadre décoré d'entrelacs et de losanges.

Le Livre de Dimma est moins célèbre que le Livre de Kells originaire également d'Irlande, mais il témoigne d'innovations dans la décoration "anti-classique" et des recherches des importants établissements monastiques irlandais au VIIIe siècle.

En allant évangéliser les provinces italiennes, les moines diffuseront leur savoir autour du bassin méditerranéen.

 

Le livre de Dimma, détail
Ms. A.4.23, détail d'un entrelacs du folio 104, Livre de Dimma

Le moine irlandais qui peint cette page maîtrise admirablement la ligne ornementale et dessine un superbe motif d'entrelacs. Ce dessin géométrique tressé originaire d'Assyrie est utilisé dès le IIe millénaire avant notre ère. Il est ensuite largement employé en Grèce classique dans le courant "orientalisant" du VIIIe et VIIe siècle, au moment de la transition entre la période géométrique et la période archaïque. Les scribes irlandais créent de nouveaux types d'images tout en conservant une tradition celte inspirée d'Orient : cet entrelacs est un exemple typique du répertoire insulaire.

L'entrelacs reste un motif intemporel, et quand les mathématiques rejoignent l'Histoire de l'art, c'est génial : apprenez à dessiner les entrelacs celtes en une heure sur le site de Christian Mercat. Graphe, nœud, réseau, pavage, mur, frise, encapsulation, dual, enchevêtrement, sont expliqués pas à pas, avec deux feuilles d'exercices à télécharger. C'est ludique et captivant.

Chambre 2 : " L'Empire carolingien et son héritage "

Après son couronnement d'empereur à Rome en 800, Charlemagne veut faire revivre l'Empire romain et oriente les artisans vers les modèles antiques utilisés pour la mythologie. L'empereur se place en arbitre de la controverse iconoclaste qui divise l’Empire byzantin. Il ne prend parti ni pour l'iconoclasme (destruction des images), ni pour l'iconodulie (vénération des images), et permet de représenter la figure humaine avec modération, ce qui conditionnera pour plusieurs siècles l'histoire de l'art d'Occident.

Les manuscrits enluminés, travaux sur métaux, sculptures sur ivoire, mosaïques ou fresques de cette période sont nombreux.

Bien avant l'apparition de l'imprimerie, les livres carolingiens exposent de nouvelles formes et idées en circulant sur le continent et la transposition des images mythologiques pour illustrer les écrits bibliques n'est pas toujours aisée. Le Psautier d'Utrecht est l'un des plus fameux manuscrits de cette époque, conservé depuis 1732 à l'Université d'Utrecht [ms. 32].

Les dessins énergiques à la plume trempée dans l'encre bistre, représentent des petites figures qui serviront de modèles au cours des périodes suivantes. Il s'agit de commentaires érudits explicitant et interprétant les psaumes disposés sur trois colonnes de 32 lignes. Ci-contre, le folio 25r illustrant les psaumes XLII (43) et XLIII (44).

Le psautier est réalisé au monastère bénédictin de Saint-Pierre à Hautvillers près de Reims pour l'archevêque Ebbon, vers 830. Il est conservé à la Bibliothèque universitaire d'Utrecht.

Psautier d'Utrecht, ms. 484, fol. 25r, latin sur parchemin, vers 830,

Bibliotheek der Rijksuniversiteit, Utrecht, 92 folios, 330 x 255 mm

Psautier d'Utrecht

Vous pouvez feuilleter le Psautier d'Utrecht, agrandir chaque illustration et zoomer sur les 166 dessins illustrant les psaumes et cantiques sur le site de l'édition digitalisée du manuscrit. Vous y retrouverez le folio 25r.

Psautier d'Utrecht
Psautier d'Utrecht, fol. 25r, détail, ill. du Psaume 43(44), "Dieu réveillé par les anges"

Le verset 24 du Psaume XLIII (44) ("Réveille-toi donc ! Pourquoi demeures-tu endormi, Seigneur?") est illustré par le scribe de façon très personnelle (Lire Meyer SCHAPIRO, Les mots et les images - Sémiotique du langage visuel, Macula, Paris, 1996, 2000, pp. 34-38).

Plutôt qu'une interprétation allégorique du texte comme celle des artistes byzantins qui voyaient dans ce verset 24 une allusion à la Résurrection et qui l'illustraient par les saintes femmes au tombeau, l'artiste choisit une lecture littérale des métaphores du texte en représentant Dieu couché sur un lit, réveillé par deux groupes de trois anges !

 

C'est cette liberté d'interprétation et cette fougue dans le geste du dessinateur qui rendent ce psautier si extraordinaire.

 

L'article de Jean-Baptiste Lebigue, « Le psautier et l’ordinaire de l’office », dans Initiation aux manuscrits liturgiques, Paris, IRHT, 2007 (Ædilis, Publications pédagogiques, 6), pour en savoir plus sur les psautiers.

La splendide exposition virtuelle des Trésors carolingiens sur le site de la Bibliothèque nationale de France, pour détailler de nombreux manuscrits.

 

Chambre 3 : " L'Europe et la Méditerranée "

Chambre 4 : " Les ateliers d'orfèvres "

 

Les orfèvres ont un statut particulier au Moyen Âge : ils manipulent l'or et les matières précieuses. L'abbé Suger recommande l'utilisation de ces matières précieuses pour la création des objets d'art religieux car elles offrent des reflets de la Lumière divine et contribuent ainsi à l'élévation de l'âme du fidèle pour le rapprocher de son Créateur. Dans une démarche anagogique, la contemplation de la beauté des objets terrestres peut conduire à l'élévation spirituelle.

Je découvre cet Autel de Stavelot autrement que dans les livres pour la première fois. Des plaques d'émail champlevé recouvrent l'âme en bois de cette boîte reliquaire.

Sur le dessus, un quadrilobe enserre un rectangle contenant la pierre d'autel, un cristal de roche au travers duquel apparaît un parchemin avec l'inscription scs, le sanctus par lequel commençait l'office.

 

Vers 1150-1160, Autel portatif de Stavelot,
Musée royal d'Art et d'Histoire, Bruxelles
Autel de Stavelot

 

Évangéliste, Autel de Stavelot
Détail d'un Évangéliste, Autel de Stavelot
Grâce à des privilèges accordés par le Pape, les princes ou membres du clergé pouvaient dire la messe sur ce petit autel portatif.

Le reliquaire repose sur des pieds en bronze doré représentant les quatre apôtres assis rédigeant les Évangiles. Nous avons déjà vu cette iconographie de scènes organisant l'espace dans une ambition typologique reposant sur l'autorité des apôtres au Pied de croix de Saint-Bertin.

Des photos de ce Pied de croix figurent au bas de la page de notre visite au musée de l'Hôtel Sandelin à Saint-Omer.

L'ingéniosité de l'émailleur se met au service de la science du théologien pour organiser le mieux possible les corrélations entre scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Le sens doit être en adéquation avec la forme et les multiples subdvisions rectangulaires des plaques émaillées permettent des subtilités de correspondances entre les scènes narrées.

Vous pouvez admirer un autre reliquaire d'un orfèvre allemand actif entre 1100 et 1150. L'âme en chêne est recouverte de plaques d'émaux champlevés, 14 x 20 x 13 cm. Il est conservé au Kunstgewerbemuseum de Berlin.

L'art de l'émail connaît au XIIe siècle un développement sans précédent. Nicolas de Verdun est l'un des plus éminents orfèvres de cette période comme en témoigne l’Ambon émaillé pour l’abbaye de Klosterneuburg près de Vienne vers 1181. Il met en scène la vie du Christ relue à la lumière de l'Ancien Testament dans une représentation typologique mettant en scène trois rangées de 17 tableaux.

Un chef-d'œuvre de Nicolas de Verdun, la Châsse de Notre-Dame (1205), est exposé ici. Nous la reverrons en janvier 2008 au Trésor de la Cathédrale Notre-Dame de Tournai.

Hugo d'Oignies est un autre maître de l'art de l'émail en pays mosan représenté à l'exposition par le Phylactère de saint Martin et des Plats de reliures en argent doré sur une âme de chêne (c'est la photo 172 de l'album ouvert).


Chambre 5 : " Un art pour l'exportation : émaux, albâtres et retables "

Cette section s'attache à montrer l'importance du travail en série au Moyen Âge. Le fait de "Copier" n'est pas connoté négativement comme à notre époque. Au contraire, la reprise de modèles connus est source de créativité par les variantes que l'artisan peut apporter.

C'est le cas des émaux limousins, des albâtres anglais ou des grands retables flamands sculptés qui engendrent de fructueux bénéfices pour les ateliers en faisant commerce en Europe.

Cette caisse centrale en bois (106 x 93 x 23 cm) d'un retable en chêne polychromé provient de la Chapelle Sainte-Anne à Val Duchesse d'Auderghem.

Plusieurs spécialistes collaborent à la réalisation globale du retable mais gardent chacun les prérogatives de leur métier. Les huchiers, menuisiers, sculpteurs, peintres et doreurs sont rattachés à des guildes différentes. Ils se succèdent et induisent un coût important pour le retable. Les marques de garantie frappées au fer apparaissent à Bruxelles dès 1454.

La dévotion à sainte Anne est devenue importante à la fin du Moyen Âge. Elle est invoquée par les femmes comme protectrice de la famille ou de la maternité. Sainte Anne est ici entourée de toute sa famille et les sculpteurs et polychromeurs s'ingénient à disposer harmonieusement une foule de personnages autour du motif architecturé central.

Retable de la Parenté de sainte Anne
Atelier bruxellois des Borman, Retable de la Parenté de sainte Anne, vers 1500-1510, Musées royaux d'art et histoire, Bruxelles

 

Détail du retable de la Parenté de sainte Anne

Les chapeaux amusants, les visages typés et expressifs de ce groupe de personnages, le goût pour la représentation de la vie quotidienne, sont typiques de la célèbre dynastie des Borman (ou Borreman), une famille de sculpteurs bruxellois.

Le raffinement de la polychromie s'ajoute à la qualité de la sculpture pour augmenter la crédibilité de l'organisation spatiale de l'ensemble. C'est un joyau des retables brabançons du début du XVe siècle.

 

Détail du Retable de la Parenté de sainte Anne


Chambre 6 : " L'image de la Vierge et l'idéal courtois "

La question de la représentation du corps invite le spectateur dans cette partie de l'exposition à confronter l'image de la Vierge à l'idéal féminin profane de l'amour courtois. Dès le XIIe siècle, Bernard de Clairvaux accorde une place prépondérante au culte de la Vierge. Sa beauté spirituelle ne peut qu'être transmise par sa beauté physique.

Adoration des mages

Art anglo-saxon, Adoration des mages, fin du XIe, os de baleine, inv. 142-1866, Victoria & Albert Museum, Londres

Vous pouvez agrandir l'image et voir l'envers de cet os de baleine de 36,5 x 16 cm sur le site du Musée : entrez son numéro d'inventaire en faisant une recherche dans les collections du V&A Museum.

L'artisan sculpte chaque espace de son matériau original et l'exploite au mieux : la figure de Marie occupe le centre d'une arcade d'inspiration antique. Sa taille est gigantesque par rapport à celle des rois mages que l'Enfant bénit de ses deux grands doigts.

Adoration des mages

La disproportion créée entre les personnages, l'attention portée aux détails et aux petits animaux figurés, à la précision de l'architecture, la finesse des nombreux plis des vêtements, contribuent à la création d'un objet d'art exceptionnel doté d'une forte expressivité.

Chambre 7 : " La circulation du dessin dans l'espace européen "

Chambre 8 : " La carrière européenne des sculpteurs de la fin du Moyen Âge "

La sculpture demande un investissement plus important que le dessin. Le matériau est plus compliqué à trouver, à transporter ; il est aussi plus lourd et plus cher et peut se casser ou s'abimer plus facilement. Les sculpteurs dont la renommée a traversé les siècles sont le plus souvent des artiste exceptionnels.

Trois cas sont détaillés à l'exposition.

Les scuplteurs du château de Buda en Hongrie sont appelés dans les ateliers par le roi Sigismond, empereur du Saint Empire ; Nicolas de Leyde sillonne l'Europe, du Rhin à l'Autriche en offrant une nouvelle approche psychologique de la sculpture ; Veit Stoss embrasse à la fois sculpture, peinture et gravure et diffuse son style dramatique à Nuremberg, Cracovie ou en Italie.

Ce chef-d'œuvre de la sculpture gothique (44 x 32 x 31 cm) représente un homme méditant, replié dans ses pensées, yeux clos, la tête penchée appuyée sur sa main, dans l'attitude du mélancolique pour qui l'excès de "bile noire" provoque la tristesse ou l'abattement, sous l'emprise de Saturne.

La ronde-bosse était d'ailleurs présentée lors de la récente exposition parisienne sur la Mélancolie.

Bien que non signée, elle est attribué à coup sûr à Nicolas Gerhaert de Leyde, un artiste d'origine probablement néerlandaise, actif de 1462 à 1473.

Par cette image forte et expressive, le sculpteur nous entraîne dans la vie intérieure du modèle ; c'est une importante innovation pour l'époque dans la façon de représenter la figure humaine en sculpture. Cette tendance "réaliste" et le traitement des plis lourds du vêtement nous font penser au style des artisans travaillant en Bourgogne dans la tradition héritée de Sluter. Des photos du Puits de Moïse de Sluter sont en ligne sur la page de notre visite à la Chartreuse de Champmol.

Nicolas de Leyde, Buste d'homme accoudé

Nicolas de Leyde, Buste d'homme accoudé, 1465-1467, grès rose, Musée de l'Oeuvre Notre-Dame, Strasbourg

Nous comparons aussi le style de Nicolas de Leyde à celui que développe Donatello dans certaines sculptures véristes comme celle du Prophète Habacuc réalisée en marbre entre 1423 et 1426. D'autres sculptures exceptionnelles à voir sur le site du Musée de l'Oeuvre de la Cathédrale de Strasbourg.

Et d'autres travaux de Nicolaus Gerhaert van Leyden sur le site de la Web Gallery of Art.

Chambre 9 : " La conquête d'un nouvel espace pictural "

Cette section me régale particulièrement : plusieurs chefs d'œuvre du XVe siècle y sont regroupés pour nous permettre de mieux différencier ou mettre en parallèle les pratiques et techniques qu'on eut les Flamands et les Italiens afin d'introduire la troisième dimension dans l'image artistique.
La géométrie d'Alberti et le traité de perspective de Piero della Francesca côtoient la magie des couleurs à l'huile et l'aboutissement de la perspective atmosphérique des Flamands.
Nous avons déjà rencontré avec bonheur certaines de ces œuvres iconiques du début du XVe siècle lors d'autres visites. C'est le cas d'une Nativité appartenant au quadriptyque démembré de La Vie du Christ d'Anvers-Baltimore pour lequel nous avions pu admirer les panneaux conservés au Musée Mayer van den Bergh
lors de notre visite à Anvers en mai 2007. C'était ausssi la carte de vœux que nous avions choisie pour les membres de l'Association en décembre 2006.

Heures du maréchal de Boucicaut
Heures du maréchal de Boucicaut, Visitation", vers 1408, Ms.2, folio 65v, 27,5 x 19 cm, Musée Jacquemart-André, Paris

L'exemple du Maître de Boucicaut est idéal pour montrer cette révolution picturale amorcée dans les illustrations de livres au début du XVe siècle ; le manuscrit des Heures du maréchal de Boucicaut est éclatant de couleurs et composé de 242 folios. Plusieurs d'entre eux sont montrés en alternance selon les jours d'exposition.

On nomme l'enlumineur anonyme ayant exécuté ce manuscrit le Maître de Boucicaut en raison de ce livre commandé par le maréchal de France Jean II le Meingre, dit Boucicaut. D'autres manuscrits ont ensuite été attribués à lui-même ou à son important atelier. Certains historiens d'art identifient cet enlumineur à Jacques Coene, un peintre parisien originaire de Bruges.

Le paysage devient crédible avec un système de coulisses communiquant entre elles pour donner un réel effet de profondeur. Son sens "intuitif" de la perspective aérienne ouvre une nouvelle voix dans la tradition du Gothique international. Ses personnages "prennent corps" sans n'être que des formes élégantes, étirées ou harmonieusement décoratives.

Le Maître de Boucicaut est un "pionnier du naturalisme" comme l'indique Panofsky. Le Maître d'Égerton en est un aussi : cet artiste de l'entourage du Maître de Bedford avait déjà innové dans le traitement de la lumière vers 1405-1406 comme dans cette enluminure avec des lapins du Livre de la chasse de Gaston Phébus.

En abaissant peu à peu la ligne d'horizon, le Maître de Boucicaut abandonne le fond doré ou empli de motifs - encore conventionnel au tout début de XVe siècle - et crée un espace pour un ciel dont le bleu s'adoucit progressivement dans le lointain.

La lumière baigne la scène organisée autour du duo formé par Marie et Élisabeth. L'enlumineur semble indifférent aux exemples italiens et réussit à fondre les arbres ou les rochers avec des motifs réalistes du paysage en rendant admirablement profondeur et espace. Il dépasse en cela la mouvance à tendance réaliste de Melchior Broederlam pour son Retable de la Crucifixion conservé au Musée des Beaux-Arts de Dijon dans lequel les "coulisses" du paysage semblaient figées. (Une photo du retable de Broederlam est visible sur la page de la conférence sur les précurseurs des Primitifs flamands).

Détail du paysage, Heures du maréchal de Boucicaut
Détail du paysage de la Visitation, folio 65 v, Heures du maréchal de Boucicaut

 

Nous détaillons longuement une plaquette en bronze représentant le Martyre de saint Sébastien provenant du Musée Jacquemart-André qu'un artiste de l'entourage de Donatello - voire Donatello lui-même - sculpte en bas ou très-bas relief vers 1450-52. Nous retrouverons ce relief en décembre 2008 à l'exposition "Mantegna" au Louvre. La leçon d'Alberti y est parfaitement assimilée avec l'utilisation d'une perspective mathématique à point de fuite unique et une maîtrise de la technique du rilievo schiacciato inventée par Donatello, proche de celle des graveurs, comme celle utilisée vers 1435 dans le relief du Festin d'Hérode vue récemment au Palais des Beaux-Arts de Lille.

 

Chambre 10 : " L'Europe du livre imprimé "

Chambre 11 : " L'estampe au service des métiers "

Chambre 12 : " Le regard sur l'autre monde "

Chambre 13 : " L'Europe des maîtres et l'Europe des collectionneurs "

Chambre 14 : " Le monde dans une chambre. Collectionneurs et marchands "

Plongeant à nouveau le 5 décembre 2008 au cœur de cette exposition pour actualiser les liens et revisiter la page, je retrouve ces œuvres avec plaisir. Le souvenir de cette journée est ébloui et précis.

Le temps manque pour continuer à développer cette page. Ce sera peut-être possible quand les journées dureront 35 heures ?

Rubens et Breughel, 'Allégorie de la vue et de l'Odorat'

D'ici-là j'ajoute ce merveilleux tableau fait en équipe comme c'est souvent la tradition sur le marché de l'art anversois au début du XVIIe siècle, un moment où les artistes aiment coopérer pour optimiser le nombre de commandes.

Rubens peint les personnages et certains des tableaux en miniatures, tandis que Breughel de velours s'occupe des bouquets de fleurs dont il a fait sa spécialité. D'autres collaborateurs de l'atelier de Rubens complètent le travail.

En agrandissant l'image vous apercevez au milieu de la galerie, dans une échappée savamment éclairée vers le porche en plein cintre, une copie du groupe sculpté du Laocoon.

 

À lire :

  • RECHT Roland (dir.), Le grand atelier. Chemins de l'art en Europe. Ve-XVIIIe siècle, catalogue de l'exposition se tenant au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles du 5-10-2007 au 20-01-2008, Fonds Mercator, Bruxelles, 2007.
    Notre Association a été parmi les cent premières organisations (merci de ta rapidité Agnes) à effectuer la réservation pour notre visite. Pour cette raison, les organisateurs de l'exposition nous ont offert ce superbe catalogue de 335 pages. Nous les en remercions vivement. Il est empruntable dans la Bibliothèque de l'Association.
  • De HAMEL Christopher, Une histoire des manuscrits enluminés, Phaïdon, Paris, 1995
  • CASSAGNES-BROUQUET Sophie, La passion du livre au Moyen Âge, Ouest-France, Rennes, 2003
  • FLOUQUET Sophie, "Bruxelles convoque l'Europe des arts" dans Le Journal des arts n° 267 du 19 oct. au 1er nov. 2007, Artclair, pp. 15-17, un article élogieux sur l'exposition.

À cliquer :

  • L'expo sur le site du Bozar à Bruxelles : écoutez une interview podcastée de Roland Recht qui explique ses choix pour l'exposition.
  • Une autre interview de Roland Recht par Didier Rykner à lire sur le site La Tribune de l'art.
  • Téléchargez un dossier d'information sur l'exposition de 7 pages au format pdf.
  • Les images-clés illustrant un cours d'art du Haut Moyen Âge sur le site d'une Université américaine à Delaware. Y figurent les folios 1v, 2r, 29r du Psautier d'Utrecht, des fibules, bijoux, mosaïques, croix...

Texte et mise en ligne par Sabine Wetterwald le 4 décembre 2007,
dernière actualisation le 16 décembre 2008


Lire aussi :


Commentaires (1)add comment

Sabine, webmestre said:

...
Corrigeant aujourd'hui des erreurs sur cette page qui m'avait bien occupée l'an dernier à propos de l'exposition bruxelloise, je mets à jour les liens et ne peux résister à l'ajout d'un tableau de l'équipe Rubens - Breughel de velours conservé au Prado. Une véritable mise en abyme de l'exposition...
Vous y avez repéré le Laocoon ?

C'est peut-être pour vous l'occasion de revisiter la page ?
Post?e vendredi 05 décembre 2008 | url

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