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Moyen Âge et Renaissance à Saint-Omer avec Jacques Du Brœucq
26 photos du Musée Sandelin et de l'église Saint-Denis
7 photos des vestiges de l'Abbatiale Saint-Bertin
10 photos de la Chapelle de l'ancien Collège des Jésuites wallons
11 photos de la Bibliothèque de Saint-Omer
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19 janvier 2006

Moyen Âge et Renaissance à Saint-Omer

avec Jacques Du Brœucq


La collégiale, basilique et ancienne Cathédrale

Notre-Dame  de Saint-Omer en 27 photos

 

À l'ancienne Cathédrale Notre-Dame nous découvrons le mobilier d'époque Renaissance, en particulier les reliefs et rondes-bosses de Jacques Du Brœucq, accompagnés des deux guides Marie-Claude Vandaele et Carole Samezt.

Monique Vyers et Sabine Wetterwald ont rédigé les textes de cette page après des lectures autour du patrimoine artistique de la basilique et du Musée Sandelin.


Le chœur


La nef

La sculpture funéraire forme un ensemble remarquable, illustré par des exemples s'échelonnant du IXe au XVIe siècle. C'est le thème que nous avons choisi pour cette visite.

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Le sarcophage de saint Omer (Tombeau quelconque, ou sa représentation dans une cérémonie funèbre, sur un monument funéraire) ne contient pas le corps du saint, mort au VIIe siècle et déclaré saint au début du IXe siècle. Il est donc appelé un cénotaphe.

Le corps du saint - retrouvé ''intact''- a été morcelé pour être mis dans des reliquaires.

La représentation est idéalisée. Les yeux fermés, les mains croisées, les vêtements d'évêque, la tête posée sur un coussin, les plis des vêtements qui tombent bien droit présentent le saint en attente de la résurrection.

Au soubassement, des scènes de la vie de Saint-Omer relatent l'épisode de la source miraculeuse, la tournée pastorale à Boulogne et le miracle de l'enfant qui recouvre la vue.
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Dans la Chapelle dite de Wissoc, s'ouvrant sur le collatéral sud, nous admirons un gisant en pierre de Tournai qui s'insère dans un enfeu de style gothique.

Un enfeu - de enfouir - est une niche ou caveau funéraire à fond plat réservé dans une chapelle. Dans l'Ancien Régime, le droit d'enfeu était un droit seigneurial.

L'enfeu est décoré d'arcs en anse de panier à retraits successifs. Le fond plat de la niche funéraire est orné d'arcs en plein cintre dont certains sont garnis de trilobes. Un espace intime est ainsi créé pour disposer le gisant de pierre.


Des anges supportent les culots des retombées des arcs de l'enfeu dans lequel a pris place le gisant. L'un d'eux tient un écusson avec les armes de la famille du défunt.
D'autres culs-de-lampes avec anges sont visibles dans la cathédrale.
Vous pouvez aussi admirer ceux qui sont conservés au Musée Sandelin ; ils proviennent des vestiges de l'Abbatiale Saint-Bertin.

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Antoine de Wissoc - mort en 1450 - est couché, mains jointes, un calice sur le ventre, les yeux ouverts. Le coussin porté par deux anges symbolise l'âme qui monte au paradis.

L'orfroi de ses habits est mis en valeur par du vermillon. L'orfroi est une étoffe tissée d'or employée dans la confection de vêtements, chapes, chasubles ou ornements liturgiques.

Dans la Chapelle Saint-Claude du collatéral sud, nous détaillons une Mise au tombeau dont la peinture polychromée est récente. Elle est empreinte de tristesse et de souci de réalisme dans le but de permettre au fidèle de participer à la douleur des protagonistes. Le sarcophage du Christ est entouré de Joseph d'Arimathie qui retire le linceul, des saintes femmes tenant chacune un pot à onguent, de saint Jean à qui le Christ confie la Vierge en pleurs et de Nicodème.
Bernard Delrue ajoute que dans cette chapelle, la Mise au tombeau a subi une rotation de 180 degrés et n'était visible qu'en prenant le couloir. C'est au cours de cette rotation que la statue de saint joseph d'Arimathie a été cassée.
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Le fameux Mausolée d'Eustache de Croÿ réalisé vers 1538 par Jacques Du Brœucq - l'un des plus grands représentants des artistes de la Renaissance en Flandre - est un des fleurons de la statuaire de l'édifice.

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Eustache de Croÿ est prévost de Saint-Omer, évêque d'Arras ; il meurt en 1538.

Jacques Du Broeucq, artiste de la cour de Charles-Quint introduit la mode italienne. Le défunt est représenté deux fois : comme priant et comme gisant.

Nous avons déjà admiré les reliefs et rondes-bosses de Jacques Du Brœucq à la Collégiale Sainte-waudru de Mons et à la Chapelle des Seigneurs de Boussu.

On peut comparer le gisant d'Eustache de Croÿ de Saint-Omer avec le gisant de Jean de Hennin-Liétard sculpté par Du Brœucq après 1550, que nous avons vu le 23 septembre 2005 à la Chapelle des Seigneurs de Boussu lors d'une sortie de Convivialité en Flandre.

Jacques Du Broeucq maîtrise la sculpture du corps humain à une époque où l'étude sur les cadavres n'est pas autorisée.




 


La Vierge au chat


Le songe de Joseph

Ces deux reliefs sont disposés dans le collatéral sud. Selon la tradition, ils proviendraient de la Chartreuse de Longuenesse. Très similaires en taille, leur attribution à Jacques du Brœucq a été discutée, cependant, plusieurs détails ont permis de confirmer leurs origines.

Les Vierge à l'Enfant placées sous le signe de la tendresse se multiplient dès le XIIIe siècle. La Vierge allaitant l'Enfant est une variante du thème. Nous avons déjà rencontré plusieurs fois ce type d'image.


Un bel exemple de Vierge nourricière dans la statuaire est offert dans les années 1400 par cette Vierge conservée au Louvre. Voyez également une page de dix exemples de Vierge nourricière en peinture, de Robert Campin à Francisco Zurbaran en passant par Vinci.

Bernard Delrue signale sur le relief de La Vierge au chat qu'il ne s'agit pas d'un âne à côté du boeuf pour cette Nativité, mais d'une tête de cheval. Le visage de Marie cache une partie de la tête de l'animal, mais il est vrai qu'il ressemble davantage à un cheval qu'à un âne. La présence d'un cheval est pour le moins étonnante. Nous trouvons aussi la tête de bœuf un peu maigre et bien peu ressemblante.

En visitant la collégiale Sainte-Waudru de Mons en septembre 2005, nous avions déjà vu que les animaux de Du Broeucq étaient traités de façon fantaisiste, particulièrement dans le relief en tondo de La Création du monde.
Nous resterons prudente sur l'interprétation de la présence du chat comme symbole de malédiction. Nous avons déjà lu en 2004 dans le numéro 45 de Pays du Nord (dans lequel l'image du relief attribué à Du Breucq était inversée) que le chat était l'incarnation du mal.

Certains ont proposé de l'interpréter en indiquant que le pied de Marie domine le mal ; d'autres, que Satan n'a pas disparu et que l'homme doit veiller à ce qu'il reste endormi.

Dans la littérature médiévale, on associe en effet parfois le chat au diable cherchant à capturer l'âme humaine. Mais cela n'a pas toujours été le cas : dans l'ancien art héraldique, le chat symbolise la liberté car il se refuse à être emprisonné et enfermé.


Un sujet sur le chat dans l'art chrétien a été ouvert en octobre 2006 sur notre forum. Vous pouvez participer aux échanges en nous demandant votre enregistrement sur le forum par la rubrique "Nous contacter".

Pourrions-nous imaginer que le commanditaire de l'oeuvre a fait une demande spécifique à l'artiste pour des raisons qui nous échappent ? Ce dessin de Vinci, La vierge, l'Enfant Jésus et un chat, conservé au British Museum, antérieur au relief de Du Broeucq, ne laisse pas entendre d'influence maléfique, mais plutôt un jeu tendre et amical de l'Enfant avec un animal familier. Attendons de disposer de sources complémentaires pour proposer une hypothèse solide.

Dans une chapelle du bas-côté nord, nous admirons une Vierge à l'Enfant dans les nuées, un des trois éléments conservés du Monument funéraire de Philippe de Sainte-Aldegonde, conçu par Jacques Du Broeucq peu après 1574. Ce grand bailli de Saint-Omer avait mis l'artiste sous sa protection.

Environ 35 années se sont écoulées depuis la réalisation du Monument funéraire d'Eustache de Croÿ. Ici, le style n'est plus à l'élégance maniériste italienne, mais plutôt au mouvement et à l'agitation des draperies qui se poursuivront avec le mouvement baroque naissant.




Robert Didier, dans une monographie sur Jacques Du Broeucq, évoque une inspiration italienne de l'artiste à travers deux œuvres de Raphaël :

  • le drapé du voile de la Vierge dans La Madone de Saint-Sixte, 1513-1514, Pinacothèque de Dresde,
  • la position de l'Enfant et le traitement des nuages dans la Madone de Foligno, 1511-1512, Pinacothèque du Vatican.
  • La ceinture de la Vierge porte la signature de Du Broeucq

    Jacques Du Broeucq grave sa signature dans la ceinture de la robe de Marie comme l'avait fait Michel-Ange sur la Pietà de l'église Saint-Pierre à Rome. Les deux anges qui devaient se trouver de part et d'autre de la Vierge sont conservés au Musée Sandelin.




    Le relief de La Messe de saint Grégoire est situé dans la travée axiale du déambulatoire.

    Le pape Grégoire le Grand - mort en 604 - célèbre la messe. Un des assistants doute de la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Quand Grégoire se met à prier, l'assistance a la vision du Christ sur l'autel, entouré des instruments de la Passion, les arma Christi.

    Le donateur - le chanoine Jean de Libourg mort en 1470 - est représenté à gauche du relief avec son saint patron Jean-Baptiste.

    L'apôtre vêtu de sa peau de bête tient l'Agneau, et met la main sur l'épaule du chanoine.


    Saint Erkembode venait d'Irlande et en 723. Il devint abbé de Saint-Bertin et évêque de Thérouanne.

    Le diocèse de Thérouanne s'étendait de la Belgique actuelle (Ypres) jusqu'à la Vallée de la Somme. En 742, Erkembode mourut presque paralysé.

    Jadis les pèlerins déposaient sur sa pierre tombale leurs souliers usées par les longues marches. Aujourd'hui on prie pour les enfants afin qu’ils marchent et leurs petits souliers ont remplacé ceux d’avant.
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    La cuve du monument funéraire de saint Erkembode en grès rouge monolithe, au couvercle en dos d'âne, sans signe religieux, représente le dernier bastion de la sculpture païenne, art entièrement disparu.

    Elle est supportée par deux lions de marbre noir, symboles de courage et de force.

    Attestée dès l'Antiquité, la pratique de l'ex-voto -tableau, objet ou plaque portant souvent une formule de reconnaissance en accomplissement d'un voeu ou en remerciement d'une grâce obtenue- est demeurée vivace jusqu'au XIXe siècle, surtout dans les arts populaires.




    Ce Baptême du Christ est accroché dans le croisillon du transept nord. Avec Jean-Baptiste vêtu de sa peau de bête, sous le regard de Dieu le Père dans une nuée d'argent, de l'Esprit-Saint sous forme d'une colombe, d'un ange, l'artiste a représenté un chanoine agenouillé avec trois autres personnages.



    Jésus se tient mains jointes debout dans le Jourdain pour recevoir l'eau du baptême. Jean-Baptiste met la main sur l'épaule de Jésus, tandis qu'un saint - probablement le patron du commanditaire - met la main sur l'épaule du chanoine pour le présenter à Jésus.

    Ce saint pourrait être l'apôtre Jean que nous pensons reconnaître grâce au calice au serpent qu'il tient dans la main droite en allusion à l'une des épreuves qu'il a subies.

    A gauche, deux personnages porteurs du bonnet cylindrique du médecin, tiennent des pots à pharmacie et un livre. Ils figurent sans doute saints Côme et Damien, patrons des médecins. Le flacon d'urine et le pot à onguent font partie de leurs attributs. Ils sont célèbres pour avoir pratiqué la première transplantation chirurgicale vers l'an 300 : la jambe d'un Maure amputée alors qu'il venait de mourir, fut greffée sur le corps d'un blanc gangréné.

    Pourquoi avoir choisi la représentation du Baptême du Christ pour un relief votif ? Serait-ce pour avoir l'occasion de représenter les deux saints Jean dans une iconographie cohérente si le commanditaire s'appelle Jean ? La présence des deux saints guérisseurs pourrait indiquer que le chanoine fut médecin, pharmacien, chirurgien ?

    Toujours au croisillon du transept nord, une Résurrection est accrochée. Le monument votif représente un cadavre couché au sol - probablement le défunt pour qui la stèle a été commandée - nous rappelant le Transi de Guillaume Lefranchois qui nous avait interpellé au musée d'Arras en novembre 2004 ou l'Homme aux moulons vu à la Chapelle des Sires de Boussu en septembre 2005 près de Mons.


    Au centre de la composition, le Christ vêtu d'un manteau rouge vient de sortir du tombeau tandis que les gardes à l'arrière-plan se sont endormis. Sous un dais richement décoré, aux angles supérieurs, deux anges thuriféraires magnifient la scène.

    Qui sont les quatre autres personnages ?

    Au premier plan l'écclésiastique tient un livre dans la main gauche et une croix à droite des pieds du cadavre, tandis qu'à gauche une femme nous présente un livre ouvert en montrant la dépouille. Ils pourraient être les commanditaires de l'œuvre, descendants du défunt ?

    Au plan intermédiaire, se tiennent deux femmes. L'une d'elles lit un livre de prières tandis que l'autre à gauche tient un outil dans chaque main, probablement ses attributs de sainte.

    Nous n'avons pas souvent vu de Résurrection dans un relief votif, si ce n'est sur le splendide Monument funéraire de Guillaume Du Fay en pierre de Tournai, sculpté vers 1470, admiré au Palais des Beaux-Arts de Lille le 8 février 2006.





    Nous saluons aussi l'une des versions de la Descente de croix de Rubens et son atelier, bien différente par la composition de celle de la cathédrale d'Anvers vue en mars 2005 ou de celle du Palais des Beaux-Arts de Lille admirée lors de notre visite à l'exposition Rubens de Lille 2004.

    A Saint-Omer, la composition est plus proche de la version du Musée de Valenciennes découverte lors de notre journée baroque de mars 2003, dans laquelle le corps du Christ ploie aussi vers l'avant avec un angle marqué. Mais elle évoque pour nous encore davantage celle d'Arras : le corps du Christ y est presque cassé à angle droit, tandis que Marie-Madeleine s'apprête à accueillir la dépouille du Crucifié.