Voyage en Bourgogne : 4 jours à Beaune, Dijon, Brou, Tournus, Rully et Autun en avril 2007 - 37 photos de l'Hôtel-Dieu de Beaune et du polyptyque de van der Weyden Imprimer Envoyer
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Voyage en Bourgogne : 4 jours à Beaune, Dijon, Brou, Tournus, Rully et Autun en avril 2007
12 photos de la ville de Beaune et de sa maquette
37 photos de l'Hôtel-Dieu de Beaune et du polyptyque de van der Weyden
11 photos de la Collégiale Notre-Dame de Beaune
26 photos de la Chartreuse de Champmol
15 photos du Musée des Beaux-Arts
1 photo de la ville de Dijon
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Mardi 10 avril 2007
L'Hôtel-Dieu de Beaune et Rogier van der Weyden
Quatre jours en Bourgogne avec Convivialité en Flandre



 

Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne Philippe le Bon, a fondé l'Hôtel-Dieu en 1443.

Il en surveille le développement jusqu'à sa mort en 1461. Sa femme, Guigone de Salins, veille ensuite à la prospérité de la maison.

L'aile sur la rue abritant la grande Chambre des pauvres s'inspire du bâtiment principal de l'Hôtel-Dieu de Valenciennes aujourd'hui disparu, mais aussi de la grande-halle de l'Hôpital de Gand et surtout de la salle-halle de l'hôpital Notre-Dame des Fontenilles à Tonnerre, dotée du même recouvrement en berceau de chêne avec entraits et poinçons monumentaux.

Le bâtiment extérieur, très austère, se présente comme une forteresse protégeant l'Hôtel-Dieu des bandes armées.

 

 

 

Sur la porte d'entrée, le heurtoir reçoit un lézard ou une salamandre que les Anciens croient apte à vivre dans le feu sans y être consumée, voire à renaître de ses cendres. Une mouche l'accompagne qui évoque la putréfaction.


En savoir plus sur le symbolisme de la salamandre :
  • Le site de François Divry



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    La grande salle des pauvres a toujours été couverte d'ardoises et les autres ailes de tuiles. On ignore à quelle époque est apparue la polychromie ou la bichromie.

    Le tuilier Denis Le Geot a fait les carreaux vernissés qui dessinent des figures géométriques. Les deux ailes sont surmontées de multiples lucarnes dont les sculptures et les décors de plomb constituent des épis de faîtage, à girouettes et roues et des crêtes dentelées. Elles ont été reconstruites entre 1902 et 1907 par Sauvageot qui a recréé des motifs personnels, les dessins originaux ayant été perdus.


     

    La salle Saint-Louis a été construite en 1661 sur l'emplacement d'une ancienne grange qui fermait la cour de l'Hôtel-Dieu.

    Elle est construite pour accueillir davantage de malades et sert aujourd’hui de galerie d’exposition pour les plus prestigieuses œuvres d’art des Hospices de Beaune.

    Une fontaine de marbre au centre de la pièce rappelle la vocation première de l’endroit : rester résolument tourné vers les indigents, les vieillards et les malades au travers de l’exercice de la charité.

    Dans une annexe à la salle Saint-Louis, une pièce bien à l’abri de la lumière naturelle conserve des tapisseries anciennes mais surtout le célèbre polyptyque du peintre Rogier Van Der Weyden dit aussi Rogier de la Pasture.

     

     

    Formant un vaste rectangle, les bâtiments s'articulent autour d'une cour centrale. On y distingue un puits antérieur à la construction de l'édifice, dont la ferronnerie gothique est en soi un chef-d'œuvre. Il assurait l'approvisionnement en eau de tout l'hôpital.




    Notre groupe est très heureux de pénétrer les lieux. Nous ressentons " l'épaisseur " de l'Histoire et le poids des siècles écoulés dans cette cour somptueuse.


     

    En 1441, le pape Edouard IV accorde à Nicolas Rolin des bulles d'exception et d'indulgence et le duc de Bourgogne Philippe le Bon, lui octroie des lettres parentes affranchissant le futur établissement de toutes redevances. En 1443 le Chancelier Nicolas Rolin et sa femme Guigone de Salins érigent l'Hôtel-Dieu pour faire face à la misère des pôvres.

    Les bandes de pillards écument la Bourgogne. En particulier les campagnes sont visitées très régulièrement par des bandes 'asassins "les écorcheurs"qui sèment la terreur. Les loups pullulent. La peste fait son entrée. Tout cela engendre un mouvement d'exo

    de rural vers les villes pour se protéger.

    Le nombre des indigents augmente rapidement ce qui conduit le Chancelier à faire construire un bâtiment pour venir en aide aux plus démunis. La pensée de Nicolas Rolin était de bâtir le "Palais des Pôvres". Il exige presque dix ans de travaux pour ce bâtiment d'architecture gothique. A sa mort, sa femme engage sa personne et sa fortune personnelle pour assurer une continuité de l'oeuvre.

    Les revenus de l'activité vinicole ont perpétué dans le temps la survie de l'oeuvre de bienfaisance.

    Les soeurs hospitalières sont les chevilles ouvrières pour assumer l'ensemble des tâches nécessaires à la vie de l'Hôtel-Dieu.


    Nous entrons dans une salle obscure aménagée spécialement par des éclairages choisis afin d'admirer "pour de vrai" le fameux Polyptyque du Jugement dernier peint par Rogier van der Weyden. Une loupe géante actionnée par un système mécanique permet de détailler certains panneaux et d'apercevoir des diables ou personnages très sombres que nous n'avions jamais remarqué sur les reproductions déjà vues.

    Vous pouvez approfondir la question des polyptyques en lisant le sujet ouvert sur notre forum.

     



    Rogier Van der Weyden alias Roger de la Pasture (1399/1400 - 1464) est un peintre flamand. En 1432, il devient maître de la guilde de Tournai et en 1435 il est nommé peintre de la ville de Bruxelles.

    Il devient rapidement célèbre et reçoit d’importantes commandes, notamment du chancelier Nicolas Rolin. Il se rend en Italie en 1450.


     

    Aucune peinture de Rogier Van der Weyden n’est documentée, datée ou signée.

    Son oeuvre a été reconstitué par les historiens de l’art. Les tentatives de le classer par ordre chronologique ou d’en esquisser une évolution stylistique sont purement hypothétiques.


    L’émotion forte et l’attendrissement sont deux caractéristiques de sa peinture. Artiste gothique, ses sujets préférés sont la Vierge et L’Enfant (sur bois), les scènes bouleversantes du calvaire du Christ et du Jugement dernier.


    Pour donner forme à ses profondes convictions religieuses, il est retourné au style du XIVe siècle, auquel il a conféré une nouvelle vigueur en utilisant avec sobriété des techniques qu’il connaissait de Jan Van Eyck.

       


      

      


    Sous le Christ se tient saint Michel, prince du jugement céleste. C'est lui qui pèse les âmes lors du Jugement dernier et qui emmènera les âmes des élus au Paradis. Il est psychostase et psychopompe.

    Représenté jeune parce qu'il est immortel, et beau parce qu'il est l'incarnation de la justice divine, il tient une balance pour peser les âmes. Celles-ci sont figurées par deux petites figures nues dont les noms sont Vertu et Péchés.

    Le premier est agenouillé et heureux alors que l'autre semble horrifié et crie de terreur.

    SAINT MATTHIEU : " Il placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche. "



      

      



    Le panneau central est dominé par le fils de Dieu, assis sur un arc-en-ciel avec la Vierge Marie à une extrémité de l'arc et saint Jean-Baptiste de l'autre.

    Les pieds du Christ reposent sur une sphère, symbole de l'univers. De la main droite il bénit ceux qui sont sauvés et, de la main gauche, maudit ceux qui sont damnés. Ces deux gestes sont soulignés par des emblèmes appropriés, respectivement, un lis et une épée de flamme.


      

    A l'appel des anges qui soufflent dans leurs trompes, les hommes sortent de terre, l'un après l'autre : ceux qui sont à la droite du Christ se tournent vers lui, se redressent et, répondant à l'appel inscrit dans sa main : " Venez les bénis de mon Père..." s'orientent vers le Paradis où un ange les accueille avec tendresse ; ceux qui sont à la gauche du Christ se détournent de lui, illustrant l'inscription de sa main gauche :" Allez loin de moi, maudits... et se "désorientent". Ils chutent inexorablement vers l'Enfer. Un enfer où, innovation remarquable par rapport aux jugements derniers des époques romane et gothique, il n'y a pas un seul démon ; ce sont les hommes qui, en se déchirant eux-mêmes, en s'agressant les uns les autres, font leur enfer, et leurs actes mauvais dénaturent leur visage jusqu'au paroxysme sous un "arc-en-enfer" rougeoyant qui suggère l'échec de l'alliance.

    Extrait de " Hotel-Dieu, Hospices de Beaune ", Beaux-Arts Magazine, août 2005, disponible à la bibliothèque de l'Association.

      



      

      


    Inaugurée en 1452, la Grande Salle a d'imposantes dimensions : 46,30 m de long, 14 m de large. Sa flèche de 50 m de haut est soutenue par une voûte en carène de navire.

    Elle abrite les lits des malades couverts de rouge et orientés vers la chapelle afin que les pensionnaires puissent suivre les offices dans les meilleures conditions possibles. Un rideau servait aux malades pour s'isoler et se protéger des courants d'air. La ruelle entre le mur et le lit, permettait d'entreposer un coffre et permettait les soins dans l'intimité.

    Au centre, les repas étaient servis sur une double rangée de tables dans une vaisselle d'étain moins ordinaire que la vaisselle de bois.

    La communauté de religieuses est sous le vocable de saint Lazare. Elles apportent leur dot et sont les premières bienfaitrices.


      

    Appelé Christ de Pitié, cette statue est en chêne peint de la seconde moitié du XVe siècle.

    Les malades ne sont pas les seuls à connaître la douleur et la mort comme le leur rappelle ce Christ qui attend le supplice de la cruxifiction. Presque droit, le Christ indifférent à l'état lamentable de son corps, s'abîme dans une méditation douloureuse.


    A droite :

    "Mes mains et mes pieds sont liés de grosses cordes."

      



      

      

      
    tête sculptée. (photo Christine Joseph)

    Des têtes sculptées représentent des bourgeois beaunois et des animaux, symboles de leur défaut principal. Ce sont des blochets placées à l'extrémité des entraits.


     

    La devise " seulle " ou " seule " avec une étoile, symbolise l'évocation par Nicolas Rolin de son épouse Guigone de Salins. Il en est de même pour les deux lettres liées "N et G", initiales de leurs prénoms.

    On voit ces divers motifs sur les carreaux du sol qui reproduisent les pavés émaillés de couleur brique et de figures jaunes.




      
      

    Dans la pharmacie, les étagères présentent une collection de 130 pots de faïence datée de 1782, dans lesquels étaient conservés les onguents, huiles, pilules ou sirops.

    Les pots de verre contiennent encore de la poudre de cloportes, des yeux d'écrevisses !

    De nombreuses plantes étaient cultivées sur place dans le jardin des "simples" situé à l'arrière de la pharmacie.


    Un antependium du XVe siècle est brodé d'une Annonciation. La Chasse au canard, une tapisserie de la tenture de La Parabole de l'Enfant Prodigue, a été tissée à Tournai.


     

    La tapisserie à mille fleurs, en laine du début du XVIe, probablement flamande, dédiée à saint Eloi, est composée de plusieurs fragments arbitrairement assemblés.

     

    De nombreuses légendes sont rattachées à la personne de saint Eloi. D'après l'une d'elles, saint Eloi était forgeron. Très orgueilleux, il se prétendait "maître sur tous", ainsi qu'il l'avait écrit sur son enseigne.

    Surchargé de travail, saint Eloi dut un jour prendre un apprenti pour se faire seconder. Ce modeste apprenti déconcerta vite le saint qui n'en laissa pourtant rien paraître : pour ferrer un cheval plus commodément, l'apprenti avait scié la jambe d'un cheval, ferré le sabot et replacé miraculeusement la jambe coupée.

    Si Saint Eloi était la maître de tous, il pouvait bien en faire autant ! Un riche seigneur du pays, fort pressé, amena son cheval pour qu'on le ferrât. Saint Eloi n'hésita pas à scier la jambe de l'animal rétif pour travailler plus rapidement. Mais lorsqu'il voulut remettre le membre en place, le miracle ne put s'accomplir... Il dut faire appel à son apprenti qui sauva de justesse la monture du seigneur. Saint Eloi reconnut en lui le Christ, comprit la leçon et brisa son enseigne.

     



    Vitrail en verre transparent coloré, grisaille sur verre, jaune d'argent

    Une Pietà au centre du vitrail est entourée par Nicolas Rolin et son saint protecteur Nicolas. Il pose une main sur son épaule pour le présenter à Marie et son Fils. A son pied, le baquet avec les trois enfants fait allusion à un épisode de son hagiographie et permet de confirmer l'identité du saint protecteur.
    Guigonne de Salins est protégée par saint Antoine, premier patron de l'Hôtel-Dieu par qui, en 1452, on substitua saint Jean-Baptiste.
    Les armoiries de Nicolas Rolin avec les trois clefs d'or auquelles vient s'ajouter la tour crénelée des armes des Salins sont tenus par deux anges.

     

     

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