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« Petite histoire de la photo : la lumière capturée »

Une conférence de Sabine Wetterwald

Mardi 21 octobre 2008
Amphithéâtre Schumpeter - Pôle Lamartine de l'Université du Littoral, Dunkerque


Membres ou non de l'Association Convivialité en Flandre, nos conférences vous sont ouvertes dans le cadre de l'Université Populaire de la Côte d'Opale, en partenariat avec l'Université du Littoral Côte d'Opale. Le tarif plein est de 6 € ; le tarif réduit est de  3 € pour les scolaires, étudiants, demandeurs d'emploi et membres de l'Association. Nous acceptons les " Passeports Senior ".

  • Sabine Wetterwald est historienne de l'art.
  • Elle est déjà intervenue dans nos cycles de conférences à propos des précurseurs des Primitifs flamands en décembre 2006 et du Triptyque Portinari en janvier 2008.

Elle se propose cette fois de retracer les étapes d’une extraordinaire découverte portée par des personnages hors du commun tels Niépce, Daguerre, Talbot, Nadar, Muybridge, Stieglitz, Strand, Man Ray, Capa, Ronis, Cartier-Bresson, Doisneau et bien d’autres.

Sabine Wetterwald

« Photographie » signifie littéralement en grec « écriture de la lumière ».  Le sujet s'intégrait donc naturellement au thème Lumières et couleurs du Nord-Impressions et variations, choisi en 2008-2009 pour le programme de Convivialité en Flandre.

Les premières investigations dans les années 1820 conduisent Louis-Jacques-Mandé Daguerre (1787-1851) et Nicéphore Niépce (1765-1833) à s'associer pour mettre au point un procédé photographique qui permet de reproduire la réalité en fixant l’image positive obtenue dans la camera obscura sur une plaque de cuivre. L'association est conclue en 1829 dans le but de réduire les temps de pose des premiers travaux héliographiques de Niépce.

Nicéphore Niépce décède avant de publier ses recherches et Daguerre divulgue le procédé en  1839.  Il s'appellera le daguerréotype.  C'est une épreuve unique et directement positive.

Daguerre, Boulevard du Temple

 

Fig. 1 : Louis-Jacques-Mandé Daguerre, Boulevard du Temple (envoyé par Daguerre au roi de Bavière), daguerréotype, 1839. L'original de cette photo se trouvait à Munich. Il a été détruit pendant la Seconde Guerre mondiale.


Vue de Nantes, 1841, daguerréotype

Fig. 2 : Vue de Nantes, daguerréotype, 1841

Parallèlement, Hippolyte Bayard (1801-1887)  développe en France le positif-direct, mais le support papier ne permet pas suffisamment de précision pour continuerà  exploiter le procédé.

En Angleterre, William Henry Fox Talbot (1800-1877) achève de perfectionner le calotype. Dans une chambre noire, iI obtient un négatif sur un papier préparé aux sels d'argent et peut réaliser plusieurs positifs par tirage contact.

Le calotype inventé par Talbot en 1841 est le premier procédé de photographie sur papier, un système de tirage négatif-positif, encore à la base de la photo argentique pratiquée de nos jours.

Il permet le tirage multiple à partir d'un seul négatif ; C'est une avancée primordiale sur le daguerréotype.

La découverte est jalousement gardée par ses découvreurs et ne se divulgue pas rapidement car les utilisateurs doivent payer une redevance à son inventeur. Talbot publie le premier ouvrage illustré par des photographies collées et commentées : The Pencil of Nature.

Fig. 3 : William Fox Talbot, The Open Door (Porte ouverte), Planche IV de The pencil of nature,

1844-1846, tirage sur papier salé à partir d'un calotype, 1843

Talbot, 'Porte ouverte'

La nouvelle facilité d'utilisation du négatif - rapidement perfectionné -  va permettre en 1851  à la "Mission héliographique" de recenser les monuments de France sur la commande des Monuments historiques ; mais c'est l'avènement du négatif  en plaque de verre associé à l'albumine puis au collodion humide,  qui  entraîne une véritable révolution :  les avantages de la reproductibilité du calotype sont cette fois combinés avec la netteté et le rendu qu'offrait le daguerréotype.

Cameron, 'Rachel Gurney, I Wait'

Après avoir enregistré fidèlement le réel, les photographes s'intéressent de plus en plus à l'esthétisme de leurs clichés.

En 1864, Julia Margaret Cameron (1815-1879), se met à la photographie à 48 ans. Sa motivation dit-elle est “to arrest all beauty that came before me.” Elle est parmi les photographes qui développent en Angleterre un sens artistique poussé sans toutefois utiliser le rendu de précision devenu possible par la nouvelle technique du collodion humide.

Au contraire, elle utilise le clair-obscur et des effets de flou pour créer une atmosphère permettant de révéler l'âme des modèles. En allongeant le temps de pose, en choisissant une courte profondeur de champ, elle favorise une "impression" photographique et annonce en quelque sorte le courant pictorialiste qui va rapidement se développer en photographie ainsi que les œuvres des futurs peintres impressionnistes.

Fig. 4 : Julia Margaret Cameron, Rachel Gurney, I Wait, 1872, tirage albuminé, 327 x 245 mm, The Paul Getty Museum, Los Angeles

La  maturation vient avec la conquête de l'instantané.  La découverte de nouvelles émulsions sèches contribue au bouleversement qu'apporte le raccourcissement du temps de pose jusqu'à la fraction de seconde.

Tout devient possible : étude du corps et du Nu, de l'invisible, du mouvement, création du cinéma, photojournalisme...

Alfred Stieglitz (1864-1946) recherche avant tout un équilibre dans la composition de ses photos. Il élira plus tard L'Entrepont comme sa meilleure photo.

Lors d'un voyage transatlantique entre New York et Le Havre en juin 1907 sur le navire de luxe allemand Kaiser Wilhem II, il photographie l'entrepont qui sépare les secondes des troisièmes classes depuis un point de vue surélevé.

Il s'intéresse davantage au contraste "esthétique" fourni par l'opposition des deux classes sociales juxtaposées plutôt qu'à un constat social.

Le cliché est publié pour la première fois dans une édition de 1911 de sa revue Camera Work. Les images imprimées étaient photogravées à la main à partir des négatifs originaux.
Stieglitz conduit le Pictorialisme aux États-Unis et anticipe l'avant-garde de la "Straigt Photography" ou "Photographie pure".

Fig. 5 : Alfred Stieglitz, The Steerage (L'entrepont), 1907

Stieglitz, 'L'entrepont'

Dorothea Lange, 'Migrant mother', 1936

Nous avons longtemps regardé un tirage de cette photographie au Musée de la Photographie de Charleroi le 30 septembre 2008.

Une "dépression" s'est installée aux États-Unis dans la décennie qui suivit la crise de 1929 et le travail est rare.

Cette femme s'appelle Florence Thompson. Elle a six enfants. Elle fait partie des migrants, ces personnes qui se déplacent en même temps que le travail quand elles en trouvent. Elle vit dans un camp de trieurs de pois de Nipomo en Californie quand Dorothea Lange la photographie en mars 1936.
Après quelques clichés pris à distance, la photographe s'avance et parvient à faire ce plan rapproché si émouvant, pour saisir un portrait intemporel, en dehors de tout cadre ni référence de lieu ou d'époque. Une image devenue icône de la détresse humaine dans la société occidentale.

Fig. 6 : Dorothea Lange (1895-1965), Migrant mother, 1936, Nipomo, Californie

La couleur va  induire une émancipation de la photographie.  C'est le dernier grand défi à résoudre. L'autochrome est commercialisé en 1907 mais il faudra attendre la mise au point du film Kodachrome pour la photographie en 1936, puis l'émulsion Agfacolor en 1939 pour obtenir la généralisation des tirages couleur.

 

L'armée française est la première pourvoyeuse d'autochromes lors de la Première Guerre mondiale. Sur le site du Ministère de la Culture, la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine conserve une importante collection d'autochromes de 1914-1918. Pour avoir accès à plusieurs clichés de la région dunkerquoise, indiquez "Dunkerque" dans le champ "localisation" de la recherche par mots-clés + "autochrome" dans le champ "série constituée".

Fig. 7 : Civils lors des bombardements des 10 et 11 septembre,

autochrome de la guerre 1914-1918, Rosendaël (quartier de Dunkerque),

Médiathèque de l'architecture et du patrimoine

'Civils lors des bombardements des 10 et 11 septembre', autochrome de la guerre 1914-1918, Rosendaël

 

La conférence n'a pas pour but de détailler de façon approfondie toutes les techniques de photographie ayant existé, mais plutôt d’articuler les grands mouvements qui ont marqué l’évolution de cet art comme  :
  • la volonté d’archivage de la planète ;
  • la daguerréomanie et le goût du portrait ;
  • la photo de guerre ou de mouvement ;
  • le Pictorialisme, la Nouvelle Vision ou la Photographie pure ;
  • le photogramme et le photomontage, la photographie surréaliste, engagée ou humaniste ;
  • la photo de mode, la photo d’auteur ou le tableau-photographique.
Par leurs recherches techniques ou esthétiques, les scientifiques et artistes qui ont développé ce nouveau médium au cours des deux derniers siècles, ont transformé l'invention de la photographie en un langage universel qui s’est imposé dans nos vies en moins de deux cents ans.

 

À cliquer :

À lire :

  • BOUQUERET Christian, Histoire de la photographie en images, Marval, Paris, 2001
  • DUVOSQUEL Jean-Marie et DE GEEST Joost (dir.), Musée de la photographie Charleroi. Centre d'art contemporain de la Communauté française de Belgique, coll. Musea Nostra, n· 35, Catalogue du Musée, Crédit Communal et Communauté française de Belgique, 1997
  • FRIZOT Michel (dir.), Nouvelle histoire de la photographie, Larousse / A. Biro, Paris, 2001
  • JONAS Irène, « Portrait de famille au naturel »Études photographiques, 22 septembre 2008, [En ligne]
  • KOETZLE Hans-Michael, Photo icons - Petite histoire de la photo - 1827-1991, Taschen, Cologne, 1996, trad. franç. 2005
  • LEMAGNY Jean-Claude et ROUILLE André (dir.), Histoire de la photographie, Larousse / Bordas, Paris, 1998
  • ROBICHON François, La Photographie, son histoire et ses enjeux de 1839 aux années 1950, cours de Licence 3 d'Histoire de l'Art, Université de Lille3, Année 2005-2006
  • ROUBERT Paul-Louis, " Histoire de la photographie" in Encyclopédie Clartés, article 13607, Paris, janvier 1999, pp. 1-24

Le programme complet de la saison 2008-2009 : Lumières et couleurs du Nord-Impressions et variations


Création de la page par Sabine Wetterwald le 7 octobre 2008,
liens mis à jour le 11 mars 2016


Lire aussi :


Commentaires (1)add comment

Julie said:

...
Cette conférence a l'air vraiment intéressante... Je regrette de ne pas pouvoir venir. En tout cas le site est magnifique, bravo !smilies/kiss.gif
Post?e mardi 21 octobre 2008

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