Imprimer Envoyer
Index de l'article
Moyen Âge et Renaissance à Saint-Omer avec Jacques Du Brœucq
26 photos du Musée Sandelin et de l'église Saint-Denis
7 photos des vestiges de l'Abbatiale Saint-Bertin
10 photos de la Chapelle de l'ancien Collège des Jésuites wallons
11 photos de la Bibliothèque de Saint-Omer
Toutes les pages

Repas à la Brasserie Audomaroise

Le Musée Sandelin et l'église Saint-Denis

Au Musée Sandelin :

  • Les objets d'art rattachés à la Renaissance
  • mais aussi les éléments provenant de l'abbatiale Saint-Bertin
  • et le cabinet hollandais pour préparer notre voyage à Amsterdam


A  l'église Saint-Denis,

  • Le relief de La Cène réalisé par l'atelier d'Andrea della Robbia
  • Les éléments provenant de l'Abbatiale Saint-Bertin
  • Les objets d'art rattachés à la Renaissance

Les photos sans flash sont permises dans le Musée en payant un droit de 6 euros.

Les commentaires de Monique Vyers et Sabine Wetterwald ont été faits après lecture du livre Chefs-d'oeuvre du musée de l'hôtel Sandelin disponible dans la bibliothèque de l'Association et complétés par des recherches personnelles.

Nous entrons par le porche de la Cour d'honneur. Le portail central surmonté de pots-à-feu ne reflète pas le goût néo-classique en vogue sous le règne de Louis XVI.

La demeure fut construite en pierre de Marquise en 1776-1777 par un architecte inconnu. Cet hôtel particulier entre cour et jardin, de style Louis XV, fut bâti pour la comtesse de Fruges (Marie Josèphe Sandelin). Il comprend un pavillon central à un étage et deux ailes en retour.
L'entrée du Musée Sandelin aa La façade sur la cour d'honneur
Le cabinet hollandais aa Henri-Joseph Dupuis né à Saint-Omer en 1819 réunit une immense collection de peintures, d'objets d'art, d'orfèvrerie, de faïences et de porcelaines qu'il légua à la ville de Saint-Omer. Nous visitons le Cabinet hollandais en prélude au voyage d'avril 2006 à Amsterdam.

C'est à l'époque de la Renaissance que se constituent les premiers cabinets de curiosités.

De riches amateurs, nobles, hommes d'églises, savants ou bourgeois, réservaient l'une des pièces de leur maison ou de leur palais à présenter des oeuvres d'art ou des curiosités naturelles.
Thomas de Keiser (1596- 1667) a peint ces deux portraits de Henrick Verburg et Elisabeth Van der Aa sans doute à l'occasion de leur mariage.
L'accent est donné sur les visages, traités en clair-obscur, qui se détachent sur des collerettes blanches.
Keyser excelle à peindre les étoffes soyeuses et luisantes, particulièrement les noirs.



a
a

Ce Portrait d'une vieille dame par Nicolaes Eliasz Pickenoy (1588-1655) montre l'évolution de la peinture au XVIIe. Sur un fond neutre, le calme de cette vieille dame interrompue dans sa lecture est suggéré. Il ne s'agit pas de la résignation mais de la noblesse.

Nicolaes Eliasz Pickenoy fut le portraitiste attitré des bourgeois fortunés, position qu'il partagea un temps avec son cadet Thomas de Keyser.

Ce grand cabinet d'art, meuble caractéristique de la production anversoise du milieu du XVIIe siècle est réalisé en ébène et écaille de tortue.

Retable de saint Crépin et saint Crépinien, école flamande vers 1415, huile sur bois,
Musée Sandelin, Saint-Omer
a Au rez-de-chaussée, légué au musée en 1905, le Retable de saint Crépin et saint Crépinien provient de la chapelle de la corporation des cordonniers en l'église du Saint-Sépulcre à Saint-Omer. Ce triptyque à volets fixes présente au centre une Crucifixion.
Sur les quatre panneaux des volets latéraux, elle est accompagnée de scènes du martyre de saint Crépin et de saint Crépinien, torturés sous l'ordre du préfet d'Amiens Rictiovarius.
Les deux frères sont d'abord arrêtés dans leur échoppe ; puis les bras attachés sur une table de bois, des bourreaux découpent de longues lanières de peau dans leur dos ; on leur enfonce ensuite des alènes sous les ongles ; enfin les deux saints sont plongés dans une chaudière contenant de l'huile bouillante.

Charles Sterling note dans une analyse de ce tableau que le motif du fond d'or où figure un motif de vigne avec des grappes en relief est proche de celui dont Robert Campin anima le Triptyque Seilern.

En Flandre, la folie se loge à l'avant du front. Cette Opération de la pierre de tête, est une copie ancienne d'une oeuvre originale disparue de Pieter Bruegel l'Ancien (1525 - 1569).
L'opération, fondée sur la croyance que la folie serait causée par une pierre dans la tête, a été tournée en dérision par de nombreux peintres. La composition désordonnée et les couleurs dynamiques accentuent le vent de la folie. Bosch a peint La Cure de folie sur le même sujet en 1475.
a
a Dans le portrait de La Ribaude de Jan Steen, la grivoiserie du sujet est balancée par l'extrême qualité picturale, toute en nuances et en glacis. De la main gauche tendue, la jeune prostituée reçoit de l'argent d'un homme qui échange un regard complice avec la vieille entremetteuse apparaissant à l'arrière-plan.


Andréa Della Robbia

Au mois d'août 1838, monsieur Albert Caullet découvrait dans les ruines de l'abbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer treize morceaux du mausolée de Guillaume Fillastre.

D'autres morceaux du même mausolée ont été retrouvés lors des fouilles entreprises en 1843 et 1844.

Guillaume Fillastre né vers 1400, est un homme d'Eglise et un homme d'Etat. Vous pouvez voir et agrandir un Portrait présumé de Guillaume Fillastre généralement attribué à Rogier Van der Weyden.

Entré dans l'ordre des Bénédictins, Guillaume Fillastre est un prélat important de la Cour de Bourgogne. Il est évêque de Verdun (1437) et de Toul (1449). Il est choisi comme secrétaire par René d'Anjou, roi de Sicile et duc de Lorraine. Le duc de Bourgogne Philippe le Bon lui donne l'évêché de Tournai en 1461.




La Mort et l'épitaphe, terre cuite vernissée
d'Andrea della Robbia, vers 1469-70

En 1468, Guillaume Fillastre rédige pour Charles le Téméraire un imposant Traité sur la Toison d’Or. Les 90 pages enluminées du manuscrit Fr.138 (1492-1498) Histoire de la Toison d'Or, sont accessibles sur Gallica, la bibliothèque numérique du site de la BNF. Ce manuscrit était un élément de la librairie d' Anne de Bretagne (1477-1514).
Fillastre fait bâtir l'église Saint-Bertin de Saint-Omer. Après sa mort en 1473 à Gand, son corps est transféré à Saint-Omer.


Le Prophète Jérémie, terre cuite vernissée d'Andrea Della Robbia, vers 1469-70

C'est sans doute au cours de son voyage à Rome où il était allé prêcher la croisade contre les Turcs que Guillaume Fillastre avait découvert les terres cuites vernissées d'Andrea Della Robbia, sculpteur très en vue en Italie à l'époque.

Toute la famille Della Robbia, Luca en tête, récolta le succès de cette technique de céramique émaillée inventée à la Renaissance, alors que le procédé n'avait pas été découvert dans l'Antiquité, contrairement à la sculpture du marbre ou du bronze. Luca fut le créateur de ce procédé de "vitrage" et reste le plus célèbre de cette famille de sculpteurs et céramistes florentins. Il transmit le secret à son neveu Andrea (Florence 1435-1525).

L'œuvre sculpté d' Andrea della Robbia sur le site récapitulatif d'Artcyclopedia.

L'église Saint-Denis qui se signale par sa tour, rare témoignage de l'architecture gothique du XIIIe siècle du nord de la France, abrite aussi un fragment de la commande de Guillaume Fillastre à Andrea Della Robbia, provenant de l'abbaye Saint-Bertin.

Pour mettre en valeur la qualité proprement plastique des figures, Della Robbia donne à l’œuvre un aspect lisse et brillant.
Selon le choix de l’artiste et du client, l'œuvre est monochrome (blanc), bichrome (blanc et bleu ou blanc et jaune) ou franchement polychrome.
En posant sa main sur le visage de Judas, le Christ montre sa tendresse à l'apôtre malgré la trahison prochaine. Jean s'est endormi sur l'épaule de Jésus.


Ces anges proviennent du Monument funéraire de Philippe de Sainte-Aldegonde sculpté par Jacques Du Brœucq peu après la mort du bailli de Saint-Omer en 1574.

L'évolution stylistique de Du Broeucq est visible dans ce Monument funéraire de Philippe de Sainte-Aldegonde : il renonce aux formules élégantes du maniérisme italien du début de sa carrière que nous avons vues dans le Monument funéraire d'Eustache de Croÿ (vers 1538) à la cathédrale Notre-Dame, au bénéfice de volumes traités avec ampleur et énergie que l'on peut qualifier de pré-baroques.

Sur la page précédente de cet article dédié à la cathédrale Notre-Dame, vous pouvez voir le troisième élément qui se rapporte à ce monument : une Vierge à l'Enfant agenouillée dans les nuages. Les deux anges adorateurs se trouvaient probablement dans les nuées de part et d'autre de Marie.

Un cul-de-lampe est un support en encorbellement, en forme de pyramide renversée, rappelant le dessous d'une lampe d'église, destiné à porter une base de colonne, une statue, une chaire.

Nous en avons vu en particulier aux culots de l'enfeu de la Chapelle de Wissocq dans le bas-côté sud de l'ancienne cathédrale de Saint-Omer (page précédente), mais ailleurs aussi dans l'église.

Les culs-de-lampe ci-contre proviennent de l'ancien hôtel de ville détruit en 1832.
a

Les deux anges aux visages ronds et pleins témoignent d'un souci de naturalisme.

L'ange de gauche porte une chape agrafée par un mors en forme de losange flanqué de motifs foliés.

Les armes devaient être celles du duc de Bourgogne, effacées après la conquète de la ville par les troupes de Louis XIV.

Trouvé à l'emplacement de l'ancienne abbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer, le fragment représente une Tête de roi portant une couronne. Elle est datée du deuxième quart du XIIIe siècle.

Le personnage porte une moustache, une barbe finement sculptée et une longue chevelure.

La comparaison avec une autre Tête de roi qui date d'avant 1258, et qui provient d'un groupe de mages du portail nord de Notre-Dame de Paris -aujourd'hui au Musée de Cluny- met en évidence le rayonnement de la monarchie capétienne dans le nord de la France.

Nous avons déjà vu la forme de ce visage triangulaire, cette moustache, ces lèvres minces, ce fin sourire, sur le visage du Roi Childebert

sculpté pour l'abbaye Saint-Germain-des-prés à Paris vers 1239-1244 et conservé au Musée du Louvre.

Ce style inaugure le style parisien sous saint Louis, qui succède au style 1200 incarné par l’art de Nicolas de Verdun.




Mosaïques

Les mosaïques proviennent du pavement du choeur de l'abbaye romane de Saint-Bertin, consacrée en 1105.

Les tons utilisés - noir, rouge, ocre - sont relevés de nuances bleues et roses.

Les personnages sont représentés avec simplicité et monumentalité, fidèles à l'esthétique de l'époque romane.

Pied de croix

a Le Pied de Croix provenant de l'ancienne abbaye de Saint-Bertin est l'un des joyaux du Musée Sandelin. Il est daté des années 1175-1180.

Il est bien difficile de photographier un objet éclairé dans une cage de verre. La photo peut cependant être utile pour prendre en considération l'échelle.

Nous pouvons à loisir faire le tour de ce chef-d'œuvre pour en admirer toutes les façettes.

Nous cherchons à percer les correspondances typologiques provenant du répertoire des penseurs médiévaux en détaillant cet objet d'orfèvre.

Cette volonté de mettre en parallèle les images de l'Ancien Testament comme préfigures de celles du Nouveau Testament n'est pas nouvelle en soi. Elle est en vigueur depuis saint Paul et saint Jean et apparaît déjà sur les mosaïques antiques.

Quatre photos provenant du site du Musée Sandelin :



La base du Pied de croix de Saint-Bertin est hémisphérique. Elle est bordée d'un disque ajouré à motifs végétaux sur lesquels sont assis les quatre évangélistes. Ils servent de supports au pied de croix.

Saint Matthieu cesse son travail d'écriture et se retourne vers l'ange qui s'adresse à lui.




Sur le chapiteau de la partie supérieure, orné de feuillage et de fruits, deux des quatre personnages -dont la Terre ci-dessus qui tient une bêche à la main- font allusion au caractère divin de la Rédemption.

La technique utilisée pour les scènes émaillées de la base est celle de l'émail champlevé (procédé d'incrustation des émaux) sur cuivre doré, technique romane de l'Europe du XIIe siècle.